mercredi 12 mars 2008

Bouquin : Ainsi mentent les hommes

Ce qu’on appelle broder une histoire.

On avait été enthousiasmé, esbrouffé, estomaqué par la puissance d'un petit texte de Katherine Kressmann Taylor : Inconnu à cette adresse, entendu au théâtre puis lu sur papier.
Alors bien sûr on a voulu rempiler avec cette dame à la belle écriture.
Ainsi rêvent les femmes et Ainsi mentent les hommes sont deux recueils de nouvelles.
On a choisi la version au masculin : Ainsi mentent les hommes.
Ainsi «se» mentent les hommes ou les femmes, ce pourrait être le titre de ces quatre nouvelles : Humiliation, Remords, Mélancolie et Solitude, le ton est donné.
Une écriture à l'ancienne (ça date de 1953), à l'anglo-saxonne (la dame est américaine), au charme un peu désuet mais qui cache une terrible violence.
Celle faite aux êtres : la tyrannie d'un père, le sadisme d'un prof, l'étouffement d'une famille, le désespoir de l'âge, ...
Et sous l'apparence anodine de quelques dialogues châtiés, la mort nous frôle à chaque page.
Alors on se réfugie dans le mensonge, seule échappatoire possible.
On est quand même resté un peu sur notre faim, mais il faut avouer qu'il est bien difficile de soutenir la comparaison après l'exceptionnelle correspondance d'Inconnu à cette adresse.
La dernière nouvelle (Solitude) mérite quand même le détour : une vieille dame dans le besoin, son vieux mari est malade, vient faire des ménages chez un couple bourgeois.
La vieille dame se raconte à la maîtresse de maison.
La vieille dame se raconte des histoires sur un passé meilleur.

[...] « Cette année-là, à Aix, nous avons vu Cézanne plusieurs fois. Il paraissait si vieux. Je suis sûre qu'il ne se doutait pas qu'il allait mourir si peu de temps après. Il m'a montré des choses tellement merveilleuses sur les couleurs, et sur les formes aussi. Je peignais, en ce temps-là, voyez-vous. »

Ainsi mentent les hommes pour échapper à leur misérable condition.
Mais est-ce aussi simple que cela ? Non, bien sûr ...


Pour celles et ceux qui aiment les mots et les broderies.
InColdBlog et BiblioBlog en parlent, d'autres avis sur Critiques Libres.

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