lundi 7 janvier 2008

Cinoche : California Dreamin'

US go home.

Pendant la seconde guerre mondiale, les roumains ont attendu les libérateurs américains.
Pendant longtemps.
En vain car, comme on le sait, ce sont les russes qui sont arrivés les premiers.
De l'Amérique, les roumains n'auront vu que quelques bombes larguées, et sur celles qui n'avaient pas explosé, le sigle « made in California ».
De quoi rêver pendant longtemps (California Dreamin') à ce qu'aurait pu être leur vie s'ils avaient pu échapper à la dictature communiste et à Ceaucescu.
Cinquante ans plus tard, en 1999, voici enfin les Américains : sous l'égide de l'OTAN pendant la guerre du Kosovo, un détachement US convoit du matériel secret et urgent à bord d'un train à travers la Roumanie ...
... du moins jusqu'à la gare de Capalnita, un trou perdu au fin fond de la Roumanie (dans un pli de la carte !), digne du village de Don Camillo.
Un trou perdu sans avenir où les parents éduquent leurs enfants ainsi : si tu peux, va faire tes études à la fac, à Bucarest, mais surtout, ne reviens jamais !
À Capalnita, le chef de gare a coutume de prélever son pourcentage sur les trains de marchandises (histoire de dynamiser un peu l'économie locale) et il entend bien tirer profit du train de l'OTAN ... qu'il parque d'autorité sur une voie de garage en attendant d'hypothétiques paperasses.
De cette situation ubuesque, le réalisateur roumain Cristian Nemescu (décédé depuis) tire un film cocasse, plein de charme, avec une galerie de portraits « pas possibles » : le chef de gare bien sûr, le capitaine américain, le maire du village (le Peppone local), l'orchestre local, les ouvriers de l'usine en faillite, les jeunes filles en fleur immédiatement amoureuses des Marines de passage, ...
Cela nous vaut quelques scènes magiques, bien dignes de figurer dans les annales.
Comme ce moment, au café du village, où une jeune fille du village drague l'un des soldats avec l'aide ... de son petit ami qui est l'un des rares à avoir appris quelques rudiments d'anglais (à l'école de Capalnita, on apprend ... l'espagnol !). Et bien entendu, le petit ami roumain propose une traduction « très personnelle » des propos échangés entre les deux tourtereaux d'un jour et entend bien faire passer ses propres messages !
Ou encore cette longue scène du bal (une fête est bien évidemment donnée au village en l'honneur des hôtes de passage !), toute en subtilité et en humanité, car sous la caméra de Nemescu, le ridicule ne tue jamais.
Mais derrière l'humour délicieux et l'ironie savoureuse, pointe régulièrement le drame et l'on rit jaune, souvent mal à l'aise.
Jusqu'à la fin renversante pour qui n'aura pas vu venir le drame et se sera contenté des échanges de propos diplomatiquement corrects.
Car le message est on ne peut plus clair : chers amis d'outre-Atlantique, certes nous vous avions attendus longtemps pendant la Guerre, mais si vous êtes venus aujourd'hui dans les Balkans, c'est pour foutre le bazar ...
Malgré quelques longueurs, un « drôle de film », à mi-chemin entre la leçon d'Histoire (jamais pontifiante) et la galerie de portraits humanistes (jamais ridicules).
On notera au passage la « présence » de Maria Dinulescu (Monica, la fille du chef de gare) qui semble débuter une belle carrière ...

Pour celles et ceux qui aiment les beaux moments de cinéma. 
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