mercredi 31 octobre 2007

Bouquin : Le temps de la sorcière

L'Islande des islandais.


Un nouvel auteur de polar polaires ? On ne pouvait l'ignorer, merci Essel !
Voici donc Arni Thorarinsson et Le temps de la sorcière.
Mais ne vous fiez pas plus au titre qu'à la date de ce billet : tout cela n'a rien à voir ni avec Halloween ni avec Harry Potter ! Mais c'était trop tentant pour rater l'occasion.
On aime bien Halloween : ça va bien avec les couleurs du blog ... En réalité, de polar il est même assez peu question et l'intrigue policière y est plutôt mince. Amateurs de flics désabusés et de serial killer passez votre chemin.
C'est de polaire qu'il est question ici. Une véritable enquête sur les Islandais en Islande. Passionnante découverte de la vie quotidienne de nos lointains voisins polaires.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Islandais sans jamais oser le demander à Arnaldur Indridason !
Einar, le héros d'Arni fils de Thorarins, est un journaliste.
Un journaliste envoyé en punition dans la «province islandaise».
Oui, car il y a une «province» en Islande, et si à nos yeux de parisiens prétentieux et malheureux à l'idée de franchir le périphérique, Reykjavik est un trou perdu au bout d'une île perdue, et bien les villages d'Islande sont, aux yeux des habitants prétentieux de Reykjavik, des petits trous perdus au bord d'un trou perdu au fond d'une île perdue !
[...] La première fois que je suis venu à Reydargerdi, c'était en plein hiver. La lumière du jour disparaissait dès le début de l'après-midi comme si on avait éteint une ampoule électrique et le village de bord de mer se blotissait sous la neige en redoutant que les montagnes ne viennent en déverser encore plus. Quelques malheureuses âmes marchaient sur les sentiers où la neige avait été déblayée entre les maisons. J'étais le seul client de l'hôtel.
C'est avec un humour finement dosé que Arni, fils de Thorarins, nous dépeint la vie de ses concitoyens : la mode vestimentaire, les portables, la politique de village, le business de la politique, les jeunes étudiants, la drogue, l'attirance pour le Danemark, les immigrés venus des pays de l'est ou même d'Asie, l'anglais qui envahit la langue natale (là-bas, les feuilletons télé sont diffusés en VO), ... tout cela est bien savoureux et bien intéressant.
La traduction (d'Éric Boury, le traducteur d'Indridason) est finement anotée ce qui ne gâte rien.
Arni, fils de Thorarins, ne prétend pas rivaliser avec Arnaldur, fils d'Indrid, et si l'on veut découvrir les polars islandais, il vaut mieux effectivement commencer par une valeur sûre comme La femme en vert.
Mais pour les curieux qui veulent prolonger le voyage, Le temps de la sorcière est une bonne adresse.
Peut-être est-ce dû à cette enquête de journaliste, mais le style d'Arni, fils de Thorarins, rappelle un peu celui du suédois Stieg Larsson et de sa trilogie Millenium, qui envahit les pubs du métro en ce moment.

Pour celles et ceux qui aiment le journalisme et les voyages en Islande. 
C'est sorti cet été, Essel l'a lu, mais c'est peut-être bien la seule !

mardi 30 octobre 2007

Cinoche : Le dernier voyage du juge Feng

Connaissance du monde.

Hier soir, nous avons accompagné le juge Feng dans son dernier voyage.

Le Juge Feng est un peu à la justice chinoise des montagnes ce que le fils de l'épicier était à la gastronomie de nos campagnes il n'y a pas si longtemps.
Un juge itinérant qui transporte à dos de mulet l'emblème du Parti et du ministère de la justice, pièce essentielle au respect de la loi dans ces contrées lointaines.
Ce juge qui va de village en village colporter la bonne parole, c'est un peu le dernier défenseur de la raison face aux croyances et aux coutumes, l'ultime rempart de la morale, une dérisoire tentative de maintenir la présence de l'État (on évoque à peine à quelques reprises la menace policière, sans trop y croire).
Le juge Feng a pour mission de rendre la justice dans les montagnes du Yunnan (aux confins du Tibet, au sud-ouest de la Chine), là où vivent des minorités ethniques comme on dit, et en l'occurrence ici : les Pumis, les Mosos et les Yis (en quelques sorte les Apaches, les Comanches et les Navajos de la Chine).
C'est l'occasion de superbes images sur ces visages, ces costumes, ces maisons ... et la vie rude (c'est le moins qu'on puisse dire) de ces montagnards.
Pour ce voyage, il est accompagné de sa fidèle assistante et greffière, Yang, qui va prendre sa retraite dans ces montagnes où elle est née, et d'un jeune apprenti, fraîchement promu de l'école de droit et, au passage, venu chercher femme.
À ces trois beaux portraits que l'on découvre peu à peu (et notamment une belle histoire non-dite entre le juge et son assistante), il faut ajouter la mule, quatrième personnage clé du film !
Le film est lent (même s'il n'est pas très long) et on aimerait poursuivre la balade avec eux pendant des heures et des jours sur les sentiers de montagnes, au rythme indolent des pas de la mule.
Chaque étape dans chaque village est prétexte, après cris et braillements, à discordes, disputes, discussions, négociations et palabres, au cours desquelles le juge Feng essaie tant bien que mal de faire triompher le bon droit, ou tout au moins de ne pas perdre la face, ce qui suffira à ranimer un peu de respect pour la justice de l'État, jusqu'à son prochain passage.
Quitte à payer de sa poche et trop cher un cochon objet de litige.
Pas de message sentencieux, pas de thèse politique : chaque épisode se joue tout en humanité et en finesse comme celui de la récupération de l'emblème de la justice perdu au milieu des marais mouvants (tout le village démonte portes et volets des maisons pour bricoler un pont et récupérer le fameux emblème dont le juge Feng leur a dit que, s'il n'était ni en or ni en argent, il n'en était pas moins vénérable ... que le Bouddha de leurs ancêtres !), ou encore comme les longues palabres avec l'honorable aïeule du village pour tenter de lui extorquer le nom du voleur de la mule (le village entier s'était mobilisé pour retrouver discrètement l'animal ... pendant l'absence du juge).
Un merveilleux voyage qu'on aimerait bien prolonger mais Liu Jie, le réalisateur, a quand même un message à nous faire passer : c'est le dernier voyage du juge Feng et il semble bien que ce monde caché soit voué à la disparition ...

Pour celles et ceux qui aiment les voyages, les portraits, les fables et les découvertes ethniques. 
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dimanche 28 octobre 2007

Cinoche : Un secret

Le temps des secrets.

On est un peu en retard en ce moment sur les sorties cinoche ...
Il nous reste à vous dire Un secret de Claude Miller.
Un film étrange, un peu glacé. On ne sait si c'est délibéré ou si c'est dû au parti pris très «littéraire» de l'adaptation du roman de Grimbert (qu'on n'avait pas lu).
Né après la guerre, un jeune enfant chétif grandit dans l'épaisseur d'un secret de famille.
D'une famille juive.
Comme il ne répond pas à l'attente de son gymnaste de père marié à une jolie naïade (belle et hiératique Cécile de France), il s'invente un frère plus musclé et plus fort.
Plus tard, il découvrira pour de bon l'existence d'un véritable frère et le fin mot de l'histoire.
On découvre peu à peu l'enfance de ce fils chétif, ainsi que l'histoire de sa famille pendant les années de guerre, histoire qui aura précédé sa naissance.
À toutes ces couches de souvenirs enfouis sous les secrets, répond un épisode contemporain, filmé en noir et blanc : le fils adulte retrouve son père, déstabilisé par la perte de son chien. Comme en écho aux pertes du passé.
Un film étrange : pendant la période qui précéde le tout début de la guerre, Claude Miller filme une ambiance quasi surréaliste dans une piscine de loisirs, façon Les dieux du stade, piscine que traverse Cécile de France, sculpturale et glacée, toujours aussi lumineuse.
Plus tard, le film s'étoffe peu à peu, lentement, au fur et à mesure que les secrets s'épaississent jusqu'à ce que derrière le décor historique de cette famille juive décimée par la guerre, on découvre une tragique histoire d'amour.
Un film étrange dont on reste en retrait, comme à distance, malgré trois beaux portraits de femme : Cécile de France on l'a déjà dit, mais aussi Julie Depardieu la confidente du fils qui lui dévoilera les non-dits de la famille et encore Ludivine Sagnier qui ... Stop !

Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour et les années 30. 
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vendredi 26 octobre 2007

Bouquin : Lâchons les chiens

Trop fort, le mormon !

Brady Udall signe là un excellent recueil de nouvelles : Lâchons les chiens.
Udall possède un art consommé de nous camper un ou deux personnages en seulement quelques pages.
De nous peindre tout un décor, toute une ambiance, avec un ou deux personnages donc, bien épais et tout remplis d'une longue histoire, d'une longue vie, tout ça en vingt pages.
Avec lui on se complait à jouer et rejouer une partie de basket près de la décharge.
On visite un village de barjos en pénétrant successivement dans chacune des maisons.
Ça se passe dans l'Amérique profonde, là-bas loin vers l'ouest (Udall est mormon).
Là où il n'y a pas grand chose, juste les gens et leurs vies.
[...] Holbrook, située sur les hauts plateaux désertiques du nord-est de l'Arizona, abrite fièrement une forêt pétrifiée et des ossements de dinosaures. Dans les villes de cinéma, on voit des indiens en bois devant les drugstores. Nous, on a des indiens en pierre devant les nôtres.
Brady Udall écrit comme un véritable prestidigitateur, comme un magicien de foire, il agite devant nous un détail gros comme une maison pendant qu'il tisse dans notre dos le fil de son histoire et puis pour finir, vrrroouuff, un coup de baguette et nous voici tout retournés par la chute qui met joliment à nu l'âme humaine de ses personnages.
Même si dans quelques histoires, il est question de chiens, comme dans la première qui donne son titre au recueil (à elle seule, elle vaut la lecture).
[...] Mes chiens, aussi vifs et méchants qu'ils soient, forment la meilleure meute de tout le sud des Rocheuses. Ils traquent n'importe quel animal que je leur indique - que ce soit un ours, un lynx ou un puma - et s'ils le peuvent, ils le tuent. Ils savent que je n'aime pas tellement le côté mise à mort, de sorte qu'ils s'en chargent parfois à ma place.
Notre préférée est peut-être celle du serpent, le plus grand serpent que j'aie jamais vu sans le secours de l'alcool. Là encore le spectateur un peu badaud regarde le serpent s'agiter dans les mains du magicien.
Et pendant que l'on regarde ailleurs : et nous voilà, trois hommes assis sur une véranda, trois hommes qui ont perdu leurs femmes. Du grand art.
Tout ça avec beaucoup d'humour. Mais un humour qui cache bien mal la tendresse que l'auteur porte à ses personnages : parfois grinçantes, parfois sombres, toutes ses nouvelles transpirent d'humanité.
Pour en témoigner, voici un dernier extrait, une véritable petite histoire à lui tout seul.
[...] Hannah est une fille de ma classe d'Évolution du langage. On a fait des travaux ensemble. Hier, elle est allée à une soirée ici, dans la résidence, et elle s'est pointée à ma porte vers minuit, esquissant l'espèce de petit pas de deux propre à ceux qui ont forcé sur la Budweiser, et elle m'a demandé si je savais où était sa voiture. Plutôt que de sortir en pleine nuit fouiller tout ce quartier pourri, j'ai préféré la laisser rester. Elle a dormi sur un côté du lit et n'a cessé d'émettre des sifflements par le nez qui m'ont rappelé ceux que faisait Trooper, mon chien de chasse noir et fauve, quand il couchait près de moi. Il est mort depuis trois ans, mais c'est un bruit qui me réconforte toujours.
Rien à ajouter, rien à enlever. Ne manquez pas ces quelques nouvelles de l'ouest.


Pour celles et ceux qui aiment les portraits d'hommes. 
Hilde en parle, d'autres aussi.

Miousik : Candi Staton

Un blues tendance soul à revisiter.

La soul tendance funk ou disco, ce n'est en général pas trop notre tasse de thé, mais un voisin de blog (Olivier) nous a permis de découvrir la voix de Candi Staton.
Certes tout ça ne nous rajeunit guère (la dame est née en 1940), mais son dernier album notamment (His Hands 2006) est habillé d'une orchestration "moderne" qui sonne bien à nos oreilles.

À mi chemin entre rock, gospel et soul, de quoi réchauffer quelques soirées :

 - Here I Am Again
- How Do I Get Over You
- et surtout : When Hearts Grow Cold

Bouquin : Mort anonyme

Kafka au Japon.

Quelques nouvelles du japonais Abe Kôbô : Mort anonyme.
Comme le titre de la première nouvelle l'indique, ce recueil a pour thème la mort bien sûr, mais aussi «l'Autre» : que faire, que fuir, quand un «Autre» débarque dans votre vie ?
Tous les héros de ces nouvelles voient leur existence désorganisée et mise en péril par l'irruption soudaine d'un étrange étranger : un cadavre inconnu, un fou, un extraterrestre, un déserteur, une famille entière avec enfants et grands-parents, ...
Un univers à la Kafka, à mi-chemin entre drôlatique et fantastique.
 [...] J'attrapai le choléra le 14 août et mon unité me laissa dans une grange. À la nuit tombante, un autre bataillon, en provenance du Nord et naturellement en déroute, vint à passer. Je rampai hors de mon abri et agitai la main, mais personne ne s'arrêta.
De toutes ces histoires d'un monde (japonais) qui n'est assurément pas le notre, on ne sait trop s'il faut les prendre en souriant ou en pleurant.
[...] Quelqu'un n'avait-il pas dit que plus un homme est civilisé, plus il rit, et plus il est primitif, plus il pleure ...
Du même auteur, on vient d'essayer de lire La femme des sables ... mais sans pouvoir accrocher, l'écriture est trop étrange.

Pour celles et ceux qui aiment se prendre la tête. 
Noir & bleu en parle aussi, et longuement.

dimanche 21 octobre 2007

Cinoche : Ennemi intime

À l'heure où, quarante ans après, la France dévoile à l'Algérie les plans d'enfouissement des mines anti-personnel, il n'est pas inutile de rappeler à notre mémoire quelques événements de cette sale guerre, notamment pour les plus jeunes (idéal pour les ados).L'ennemi intime, le film de Florent Emilio Siri (basé sur un documentaire de Patrick Rotman) s'affiche clairement comme un film de guerre. Juste retour des choses pour une guerre qui ne voulait pas dire son nom.
Un film de guerre comme ceux que nous ont donnés les américains après le Viêt-Nam.
Le Viêt-Nam y est d'ailleurs constamment présent puisqu'il est d'abord et fréquemment fait référence à la guerre d'Indochine.
Le Viêt-Nam est encore là lorsque le désert de roches est filmé comme une jungle, lorsque les avions larguent leur napalm, ou lorsque les partisans du FLN, à peine entrevus derrière leurs pierres, pourraient être des viêt-congs derrière leurs arbres.
Mais il est également et fréquemment fait référence à la guerre mondiale de 45, puisque l'ennemi intime c'est aussi le combattant qui était à vos côtés en Italie contre les Allemands et qui, quelques années plus tard, se retrouve du côté des fellaghas.
À chacun sa guerre, pourrait dire le film. Personnellement, trop jeunes pour celle d'Algérie, ce sera celle du Viêt-Nam qui marquera notre adolescence et nos enfants seront sans doute marqués par celle(s) d'Irak.
Bien sûr on pourra reprocher au film quelques scènes un peu explicatives (comme celle des femmes et de leur mulets) mais l'ennemi intime, et c'est là le propos essentiel du film, c'est avant tout soi-même.
Puisque le film est un hommage à tous ceux (et ils sont nombreux) qui furent envoyés dans ces sales guerres d'indépendance et qui y perdirent leur âme en attendant que l'Empire y perde ses colonies.
Un film dont l'unité de ton, de lieux, de couleurs, d'ambiance, ... laisse une impression très forte.
Un film qui nous apprend pourquoi nos soldats portaient des lunettes sombres aux verres fumés : et ce n'était pas à cause du soleil ...

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vendredi 19 octobre 2007

Bouquin : Amerigo

Un vrai-faux procès en paternité géographique.
À la lettre «Z» se trouve l'incontournable Stefan Zweig.
L'occasion est belle de découvrir ou redécouvrir un petit opus original et passionnant : Amerigo, récit d'une erreur historique.
Zweig y brosse en quelques coups de plume le portrait de cette époque charnière : celle de l'ouverture au monde de la vieille Europe, le moment où les espagnols croient redécouvrir les Indes, les portugais le Brésil et d'autres encore l'Afrique du sud, bref, l'époque où l'on comprend enfin ce que l'on savait déjà sans comprendre : la Terre est ronde.
De ce petit opuscule d'une centaine de pages, le prétexte (mais n'est-ce vraiment qu'un prétexte sous la plume de Zweig ?) peut paraitre futile : pourquoi donc a-t-on donné à ce Nouveau Monde le nom d'Amérigo Vespucci alors que Christophe Colomb était passé par là avant lui ?
C'est qu'au-delà de leurs voyages respectifs, ces deux-là n'étaient pas embarqués dans la même galère : Amérigo eut le mérite d'écrire, même si ce n'était que quelques lettres de commerçant, et si les voyages permettent certes, de s'envoler, les écrits, eux, restent.
D'autant plus que ceux d'Amérigo furent traduits, repris, transposés, interprétés et même transformés ...
[...] De toutes les feuilles volantes de cette époque, depuis la première lettre où Colomb, en 1493, annonçait avoir atteint des îles proches du Gange, aucune n'a eu un retentissement aussi large et aussi profond que les huit pages de cet Albericus totalement inconnu jusque là. [...] Le grand succès de ce livret minuscule est très compréhensible. Car cet inconnu, ce
Vespucci, est le premier de tous les navigateurs qui sache raconter, et de manière amusante.
Et si cette époque fut bien celle des voyages, on tient peut-être là (avec ce vrai-faux procès en paternité géographique) une des premières affaires où la chose écrite pris le pas sur la réalité des faits.
Un petit récit historique et intelligent, captivant comme un polar et passionnant comme pouvait l'être l'aventure humaine à cette époque.

Pour celles et ceux qui auraient aimé découvrir l'Amérique avec Christophe Colomb. 
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Miousik : Tiken Jah Fakoly

Ouvrez les frontières !

Décidément la rentrée musicale 2007 sera politique ou ne sera pas  : après le FC Apatride UTD, Manu Chao, Make some noise et Lennon pour le Darfour, voici l'ivoirien Tiken Jah Fakoly qui revient avec un nouvel album L'africain, bien digne de son premier CD Françafrique qu'on avait tant écouté et dont on avait parlé ici.
Toujours le même reggae bien rond, richement orchestré, peut-être encore plus aujourd'hui, peuplé de choeurs et de cuivres chaleureux.
Et toujours les textes (en français le plus souvent) faussement naïfs, «basic politic», rafraichissants comme ceux du très judicieux Ouvrez les frontières !

[...] Vous venez chaque année, été comme hiver, [...] 
Nous sommes des milliers à vouloir comme vous venir sans rendez-vous, 
Nous voulons voyager et aussi travailler [...]
Bien entendu, on ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec le reggae serbe de FC Apatride UTD dont on parlait ici en septembre.
Même si Tiken Jah Fakoly est beaucoup plus mélodieux, plus musical, plus chaleureux aussi, on y retrouve un peu la même construction de textes politiques mis en avant, bien servis par la partie vocale et les choeurs sur une basse rythmique presque hypnotique.
Si vous ne connaissez pas encore, ce nouvel album est l'occasion de rattraper le temps perdu et de revisiter sa disco !
Nos préférées (yakakliker pour écouter) :

[clin d'oeil & private joke]  Il y a 4 ou 5 ans, le reggae, reconnaissable entre tous, de Tiken Jah Fakoly nous accompagnait régulièrement les week-ends sur la route de Poe Beach et chacun des morceaux est comme un nouveau souvenir de voyage ...

Bouquin : Déviances

Un (trop ?) méchant thriller.

Un meurtrier en série s'attaque à de jeunes collégiennes catholiques ...
Au début de ces Déviances, on ne voit que l'empilement des clichés du genre.
Toute la collection y passe : le flic divorcé aux blessures intérieures douloureuses, le collègue hospitalisé, la nouvelle équipière qui débarque, les jeunes innocentes, le journaliste véreux, la profileuse du FBI, le suspect trop facile, la fliquette qui boxe (et on ne doute pas un instant que cela va lui être très utile par la suite), sans oublier un assassin sadique et sournois.
On ne sait plus si on lit un bouquin ou un scénario pour Hollywood.
Et puis très vite, après quelques chapitres ... Brrr..
C'est pourtant marqué dessus : thriller. Et pas : polar.
Les romans policiers que l'on aime, comme la plupart des bouquins, ont cette magie de nous emmener ailleurs et autrement, même lorsqu'ils mettent en scène d'affreux vilains.
À l'opposé, Montanari, lui, se situe quelque part entre Patricia Highsmith et Thomas Harris, alias Hannibal : sur l'étagère des auteurs malfaisants qui jouent systématiquement de toutes les cordes sensibles du lecteur, surtout les plus tendues, jusqu'à nous faire nous renfermer dans notre coquille.
On est scotché au bouquin, on a hâte d'arriver au bout, mais sans trop savoir si c'est vraiment pour avoir le fin mot de l'histoire ou si c'est plutôt pour sortir de cet enfer et passer à autre chose.

Polar noir[...] Peut-être ferait-il mieux de rentrer. Mais pour retrouver quoi ? Son deux pièces vide ? 
Il viderait encore un demi-litre de bourbon, regarderait une émission de télé, peut-être un film. 
À trois heures, il se coucherait pour attendre un sommeil qui ne viendrait pas. 
À six heures, vaincu par l'aube, il se lèverait avant même que son réveil ait sonné. 

Pour celles et ceux qui aiment les grands frissons et qui n'ont pas peur du noir. 
Anjelica en parle, tout comme Clarabel, ainsi que Hardboiled qui, lui, partage plutôt notre avis. 
Le site Critiques libres enregistre aussi quelques critiques.

dimanche 14 octobre 2007

Cinoche : Un coeur invaincu

Devoir de mémoire.

Dans Un coeur invaincu, Angelina Jolie incarne brillament Marianne Pearl, la femme du journaliste américain Daniel Pearl enlevé par des extrémistes au Pakistan en 2002 et qui finira décapité, filmé sur une vidéo.
Un film très fort, une histoire vraie, une attente difficilement soutenable d'autant que l'on sait déjà comment tout cela va finir (et cela n'est pas sans rappeler le film sur les attentas du 11 septembre 2001 : Vol 93). On regrettera peut-être que le volet international (la réaction ou l'absence de réaction des pays occidentaux) soit un peu occulté.
On regrettera aussi les soubresauts de la caméra portée qui, pour faire dans le style «reportage», ajoute un peu trop facilement à notre confusion.
Car l'histoire, l'Histoire, n'est pas simple : on est plongé à Karachi, une des plus grandes villes du monde, quasiment un personnage à part entière dans le film ... et une véritable jungle.
Une jungle humaine (la misère, terreau du terrorisme, nous est sans cesse rappelée), où s'agitent des millions de personnes.
Une jungle géo-politique où s'agitent la CIA, le FBI, les ambassades française (Marianne est française) et américaine, les «voisins» indiens et bien sûr les différentes branches des services armés pakistanais, tantôt proches des talibans, tantôt proches des américains.
Un montage rapide et nerveux nous fait partager la tension de ceux qui traquaient les ravisseurs, luttant contre le compte à rebours ... en vain.
Très peu de violence à l'écran, tout est dans le montage et la tension. Beaucoup d'émotion.

D'autres avis sur Critico-Blog. 
Le film se dénoue sur la chanson de Camille In a manner of speaking  reprise sur l'album Bossa Nova d'une chanson de Tuxedomoon, album dont on parlait ici l'été dernier.

vendredi 12 octobre 2007

Cinoche : Le cercle du karma

Voyage pour le bonheur, au bout du monde.

Un roman qui nous vient du bout du monde, du Bouthan, «les confins du Tibet» en VF : Le Cercle du Karma de Kunzang Choden (une femme, comme son nom ne l'indique pas).
Le «pays du dragon» (Druk Yul en VO) est un petit royaume bouddhiste coincé entre l'Himalaya, l'Inde et la Chine, idole des médias occidentaux depuis que son roi a défini un indicateur de développement destiné à remplacer le PNB : le Bonheur National Brut.
Dans ce roman, Kunzang Choden décrit minutieusement, consciencieusement, la trajectoire d'une bouthanaise qui sera amenée à rompre avec ses attaches (village, famille, ...) et à partir sur les routes du Bouthan, du Népal, de l'Inde, ...
À travers son histoire on découvre la vie quotidienne de ces peuples et en filigrane le récit de l'émancipation d'une femme, d'une écriture simple, «nature», peut-être empreinte de zénitude bouddhique ? !
La différence avec ce qui aurait pû être le récit de voyage d'un ethnologue, c'est la tendresse et la bienveillance dont l'auteure entoure ses personnages, tous autant qu'ils sont.
[...] Quand Tsomo parle de sa vie, c'est un peu comme une rivière qui suit son cours. Le débit est lent, la plupart du temps, certains souvenirs donnant lieu à de petites rides semblables aux murmures d'un ruisseau. Puis soudain, c'est comme un torrent qui rugit, l'emporte.
Au-delà de ce voyage initiatique, le thème principal du bouquin est la religion (mais est-ce le bon terme : doit-on plutôt parler de foi, de tradition ?), le bouddhisme, dont le quotidien de ces gens est littéralement nourri.
Face à notre mode de vie occidental où l'on court sans cesse à la poursuite de la maison la plus tendance, la famille la plus chaleureuse, le boulot le plus valorisant, la voiture la plus chic ou même les souvenirs de voyage les plus dépaysants, etc ... ces peuples montrent un détachement inné (et difficilement imaginable) des choses de ce monde.
Là-bas on refile au voisin sa cabane et ses trois casseroles et on part du jour au lendemain sur les routes parce que l'on a entendu dire que tel ou tel lama s'apprêtait à discourir un peu plus loin.
Une foule de pélerins erre ainsi de chorten en stûpa, chacun poursuivant son «chemin personnel».
Même s'ils sont intimement persuadés d'être déjà venus et de revenir bientôt, ces gens-là ont profondément ancrée en eux la certitude de n'être ici que de passage ...
[...] Tsomo est ses nouveaux compagnons arrivèrent fatigués par un long voyage en bus et en train. Même si venir ici n'avait pas été à proprement parler une décision de sa part, Tsomo était heureuse que les circonstances l'y eussent conduite. Mais elle se demandait pourquoi elle était ainsi poussée d'un site sacré à un autre. Était-ce la réalisation d'une dernière volonté dans une vie antérieure ... ?
Forcément, on y apprend beaucoup de choses sur le bouddhisme, religion aimable et sympathique, mais sans prosélytisme aucun de la part de l'auteure qui prend beaucoup de distance avec tout cela en distillant suffisamment d'humour (et alors que nous sommes habituellement allergiques à toute forme de religiosité, nous n'avons constaté aucune éruption cutanée sur nos mains qui tenaient le livre ! vérifié !).
À plusieurs reprises dans ce bouquin on croise un prêtre ou un lama qui éclate de rire au beau milieu d'une conversation : cela nous a rappelé un article de Courrier International sur le français Matthieu Ricard, ancien biologiste devenu moine tibétain et réputé comme l'homme le plus heureux du monde. Les mesures scientifiques de son activité cérébrale auxquelles il a bien voulu se prêter, montreraient une prédisposition exceptionnelle à la «béatitude».
Pour reboucler sur le bonheur érigé en valeur nationale au Bouthan, on se laisse aller à fantasmer sur une aptitude naturelle et biologique au bonheur de ces peuples d'Asie centrale ...

On reparle de cette région avec L'Artiste tibétain de Thöndrüpgyäl.
À noter aussi qu'on a parlé d'Instant Karma tout récemment avec la chanson de Lennon et la campagne d'Amnesty International : make somme noise - save Darfur.

À part Naina, la toile en parle peu : ici ou , et un blog de libraire.

dimanche 7 octobre 2007

Cinoche : 7h58

Sombre histoire de famille.

Sidney Lumet frappe fort, un peu fort, à 7h58 tapantes ce samedi-là.
À 7h58 ce samedi-là, deux frangins en mal de pognon se sont mis en tête de cambrioler en douceur la bijouterie de papa et maman.
Bien sûr on se doute que ça va mal tourner. Mais on ne sait pas à quel point !
Bien sûr on se doute que c'est bien loin d'être un simple polar. Mais on ne sait pas à quel point !
C'est en fait à une véritable tragédie familiale que nous sommes invités en compagnie des deux frères : Andy l'aîné campé magistralement par Philip Seymour Hoffman (déjà remarqué dans Truman Capote), et Hank le cadet avec Ethan Hawke dans un rôle difficile.
De ces deux-là, le plus paumé n'est pas celui qu'on pense.
Derrière eux plane l'ombre inquiétante du père, du patriarche, qu'incarne un écrasant, un étouffant Albert Finney.
Car si ça dérape le samedi à 7h58, c'est qu'il faut aller chercher les causes bien en amont, dans les troubles relations de ces trois hommes.
Et l'une des dernières scènes du film où l'on voit le père, tel une ombre, suivre en voiture ses deux fils en cavale, vaut tous les résumés : il y avait quelque chose de pourri dans cette famille-là ... bien avant ce samedi à 7h58.
«May you be in heaven a half hour before the Devil knows you're dead» : puissiez-vous être déjà au paradis depuis une demi-heure avant que le diable apprenne que vous êtes mort, c'est l'expression irlandaise (un «toast») qui sert de titre au film en VO.
Andy, le frère aîné (Ph.S. Hoffman), est justement à la recherche d'un petit goût de paradis sur terre : qu'il s'agisse de vacances à Rio (magnifique scène d'ouverture du film ... qu'on ne peut vraiment apprécier qu'après avoir vu la suite) ou qu'il préfère les substances artificielles. Mais le diable aura tôt fait de le rattraper sur terre.
Une formidable tension dans ce film qui met brillament en scène la violence des passions, parfois à la limite du supportable ... à la limite, car le jeu des acteurs est excellent.
On est plutôt secoué par ce film dérangeant qui ne laisse guère indifférent.
Un film à aller voir l'après-midi pour pouvoir sortir au grand soleil, après ..., tellement est noire la vie de ces trois-là.


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vendredi 5 octobre 2007

Bouquin : L'histoire de Chicago May

L'émigration féminine et irlandaise aux US

L'histoire de Chicago May c'est une histoire vraie, celle des émigrants irlandais en Amérique, poussés à l'exil par la famine et leurs voisins anglais.
C'est aussi l'histoire, à la charnière du siècle, d'un Far-West finissant et d'une Amérique des villes émergente : Chicago, New-York, Detroit, ... avec leur cortège de misère, chômage, prostitution, drogues, banditisme, ...
L'auteure, Nuala O'Faolain, est femme et irlandaise : c'est à ce double titre qu'elle entreprend de revisiter la biographie de May Duignan, dite Chicago May.
Avec une écriture simple et rigoureuse qui prend toujours soin de distinguer les faits avérés et vérifiés des actes prêtés ou imaginés, soit par elle-même soit par les journalistes et écrivains de l'époque.
Ce qui fait tout l'intérêt de ce bouquin, c'est précisément le mélange, l'intrication entre le récit biographique des aventures de Chicago May (de Chicago à Rio en passant par Londres, Le Caire ou Paris) et les interrogations, digressions, hésitations, de sa biographe qui explore les rares matériaux encore à disposition de l'enquête.
Car l'histoire de Chicago May en cache une autre : celle de la quête de Nuala O'Faolain.
Une quête à la recherche de la personnalité de May Duignan, la femme qui se cache derrière ce « personnage » qu'est Chicago May.
La recherche également de la compréhension des conditions qui sont à cette époque celles de ces émigrants irlandais qui sont en quête d'un monde sinon meilleur, peut-être moins pire que l'île qu'ils ont été forcés de quitter.
L'étude de la condition des femmes, surtout, qu'un double ostracisme exclut deux fois de la société : parce que ce ne sont que des irlandaises dans un monde dominé par les protestants anglais et parce que ce ne sont que des femmes dans un monde gouverné par les hommes (c'est aussi l'époque des suffragettes).

[...] Aucun livre, aucune illustration, aucun film n'a pleinement reproduit l'horreur de cette ville [NY] dans laquelle les gens affluaient - au cours de la décennie qui suivit 1890, sa population augmenta de 127% - juste pour découvrir qu'ils n'y trouveraient pas de travail. Les femmes tout particulièrement, étaient dans une phase où le travail en usine des débuts de la révolution industrielle avait disparu ou était passé aux mains des hommes, mais où les emplois de bureau n'avaient pas encore fait leur apparition.
On en apprendra finalement assez peu sur cette figure de la pègre que fut Chicago May, qui gardera une grande part de son mystère mais on s'instruira beaucoup sur l'histoire sociale de la naissance du siècle (enfn, du siècle précédent, doit-on dire désormais).
Un livre écrit au féminin.
[...] «Il ne me vint jamais à l'idée de rechercher un travail honnête. Ne savais-je pas que les salaires réguliers étaient misérables, comparés aux bénéfices exceptionnels retirés du crime, même s'ils étaient incertains ? J'étais devenue dépensière et j'avais envie de tenter ma chance.»
Un bémol quand même, MAM n'a pas accroché, ce bouquin doit être rangé sur l'étagère des «tout ou rien» ...

D'autres avis sur Critiques Libres. 
Lilly parlent des autres livres de Nuala O'Faolain, autobiographiques ceux-ci. Anne-Sophie n'a pas aimé. 
Petit à une voisine de blog : la BD l'Irlandaise sur un scénario de Jacques Pavot.

Bouquin : Le temple des oies sauvages

À Kyoto, tout n'est pas que zénitude ...

Mizukami Tsutomu situe son roman (primé au Japon) dans un temple de Kyoto, Le temple des oies sauvages, nommé ainsi en raison d'une peinture qui orne les panneaux de l'une des salles.
Dans ce temple se retrouvent, bon gré mal gré, trois personnages : un prêtre, sa maîtresse et un jeune apprenti moine.
Ces trois-là vivent dans la promiscuité une trouble relation (le petit moinillon est témoin des ébats des deux autres et le prêtre passe son temps à l'asticoter) dans un huis-clos de plus en plus oppressant.

[...] ... elle ne parvenait pas à se faire au petit moine : Jinen. Pour parler franc, elle ne l'aimait pas, mais sans qu'elle eût pu dire pourquoi. D'abord, il avait une grosse tête sur un petit corps : ses proportions faisaient croire à quelque anomalie. Son caractère contredisait cette impression : il avait une certaine candeur, un côté «enfant bien sage». Mais Satoko ne pouvait pas supporter son air sinistre.
Même si l'on devine rapidement que tout cela finira mal, ce n'est pas vraiment un roman policier, à peine un roman à suspense.
  On y découvre peu à peu le sombre passé du jeune moine que sa famille a «vendu» aux temples et c'est aussi la propre enfance de Mizukami Tsutomu qui est ici en question.
 La révolte des «petites gens» contre les puissants et les arrogants.
Le temple zen avec ses peintures (on est à Kyoto) est à lui seul un quatrième personnage, jusque dans le dénouement final.
On y apprend aussi beaucoup de choses sur la vie religieuse de ces «curés bouddhistes», leur organisation, leurs rituels, leurs relations à la cité, ...

Katell en parle très bien.