vendredi 30 mars 2007

Bouquin : La maison des célibataires


Le Groenland manquait encore à notre exploration de la littérature nordique : voilà donc cette absence comblée (et nous aussi) avec cette toute petite (70 pages) excentricité du danois Jorn Riel, La maison des célibataires.
Une sorte d'amuse bouche. Un « racontar » comme se plait à le dire l'auteur ethnologue à ses heures.
Une histoire de pieds-nickelés selon la 4° de couverture : au fin fond du Groenland (un peu le Far-North, sorte de Far-West du nord), cinq vieux garçons entreprennent d'assurer leur vieux jours avec un vrai faux mariage et une fausse vraie maison de retraite.
Cocasse, savoureux, une histoire que l'on aurait pu entendre au coin du feu (que Jorn Riel a certainement entendue au coin d'une cheminée).
Et dépaysant car en cette lointaine terre groenlandaise, les valeurs ne sont manifestement pas les mêmes que les nôtres. Jugez-en :
Bandita est une maîtresse femme qui terrorise ses moutons et toute la colonie :
[...] On racontait qu'elle avait tué son mari, qu'elle l'avait tabassé à mort parce qu'il avait essayé de faire une fugue juqu'à Julianehab. Mais personne ne savait au juste ce qui s'était passé, vu que quand le curé était arrivé, le bonhomme était déjà mort et enterré depuis six bons mois.
Kernatoq ("le noir" en groenlandais) travaille sur le bateau à charbon de la colonie :
[...] Il ne se lavait que rarement et c'est pourquoi sa peau, petit à petit, avait pris la couleur du charbon. Kernatoq aimait beaucoup les femmes, mais les filles de Sardloq l'évitaient. Celles qui, par pure gentillesse, partagèrent quand même occasionnellement son lit, prétendirent que la poussière de charbon crissait entre leurs dents pendant des semaines après.
Tout cela (et bien d'autres encore, au fil de ces quelques pages exotiques) ne doit être qu'exagération assurément !

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jeudi 29 mars 2007

Bouquin : Mal de pierres

Petite fusée littéraire venue de Sardaigne.


Wwoouhf ! Quelle écriture, que ce petit bouquin sarde d'une centaine de pages.
La narratrice nous relate l'histoire de sa grand-mère, mariée à la fin de la guerre, lorsque les allemands quittent la Sardaigne.
L'histoire ordinaire d'une grand-mère peu ordinaire.
[...]«Bonjour princesse.» 
Et ma grand-mère riait, émue et heureuse : 
«Princesse de quoi ?» 
[...]«Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. 
Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c'est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d'exister. C'est bien ça ?»
On découvre au fil des pages des personnages de plus en plus riches, de plus en plus complexes : celui-ci ou celle-là que l'on avait catalogué comme ci ou comme ça, se découvre finalement bien plus subtil, bien plus humain et ainsi de suite jusqu'à la pirouette finale.
Tous ces êtres embarqués dans la vie sont dépeints avec une profonde humanité : l'auteure aime véritablement ses personnages et ça se lit à chaque page.

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Bouquin : Harjunpää et le prêtre du mal

On avait déjà cité Matti Yrjänä Joensuu dans un billet il y a quelque temps.
Le voici de retour avec un nouveau roman traduit en français : Harjunpää et le prêtre du mal, qui met en piste une nouvelle fois son inspecteur fétiche : Timo Harjunpää (les épisodes précédents sont en poche).
Joensuu (qui est, « pour de vrai » dans la vraie vie, inspecteur à la crim' d'Helsinki) est certainement l'un des auteurs polaires les plus sombres qu'on ait lus.
Il est passé maître dans l'art d'explorer les méandres des esprits torturés de ses personnages et d'alterner les chapitres qui nous font passer de l'un à l'autre, de l'inspecteur à la victime, ou de la victime au serial-killer.
Décryptant peu à peu des traumatismes insurmontables.
[...] Car on ne se rendait pas à l'improviste chez père et mère - on y était convié. Pour être tout à fait sincère on recevait l'ordre de venir : «tu passeras prendre le café demain à quatorze heures.» Et Mikko n'avait jamais été capable de refuser. Tout au plus, lui était-il arrivé de prétexter vaguement une autre obligation, en pure perte. À l'heure dite, il s'était toujours trouvé sur place.
Ça, c'était la partie cool de l'histoire de Mikko et la décence nous empêche de vous raconter le reste.
Pendant une bonne partie du livre l'intrigue importe peu et l'enquête n'avance guère : on va de personnage en personnage, le temps de s'imprégner des odeurs des tunnels du métro d'Helsinki.
Joensuu distille ainsi une ambiance malsaine qui, sournoisement, finit par nous cerner au fil des pages.
Un peu à la manière de certains thrillers américains (et "Le silence des agneaux" est d'ailleurs cité page 288). Cauchemards garantis.
On vous aura prévenus !
[...] À l'issue de la neuvième incantation, il planta l'épingle dans le dos de sa main gauche, puis dans les jointures de ses doigts, sans hâte, prenant tout son temps pour laisser la souffrance s'installer. Il ne recourait pas à ses pouvoirs, il permettait à la douleur de se manifester, au sang de couler. Il ouvrit les yeux. Parsemé de plaies aux bords enflés, saignant en abondance, le dos de sa main ressemblait à de la viande hachée. Il plia ses doigts de façon à former un poing lâche, l'index pointant vers le bas. Le sang suivit ce chemin jusqu'à l'extrémité de la dernière phalange, d'où il se mit à goutter dans les flammes.
Dépressifs : s'abstenir. Usagers du métro : s'abstenir.
Alors, usagers dépressifs du métro, on ne vous dit que ça : changez vite de quai !
Mais le plus troublant dans les bouquins de Joensuu (et le plus fort), c'est assurément sa désagréable habitude de finir ses romans par une pirouette qui vous laisse à chaque fois et pour longtemps un drôle de goût en bouche, un peu amer.
Ce n'est certainement pas avec lui qu'on apprendra comment dire "happy end" en finlandais. Mais on ne peut pas vous en dire plus ...
[...] À part ça, il gardait de cette journée un petit goût de déception et d'échec - un peu comme s'il avait mordu dans un pain de seigle moisi.

vendredi 23 mars 2007

Bouquin : Puisque rien ne dure


À l'image de sa couverture très sombre, c'est un logo en forme de coeur brisé qu'il faudrait pour illustrer Puisque rien ne dure de Laurence Tardieu, un bouquin dont chaque chapitre vibre de douleur et de désespoir.
Heureusement il n'y a qu'à peine plus de 100 pages et c'est bien assez comme ça : on est content de refermer cette douloureuse histoire, en se disant bien vite ouf, ce n'est qu'un roman, la vraie vie ne peut pas être aussi terrible que ça, etc.
Mais le hic, c'est que c'est très très bien écrit et que l'on se croit donc obligé d'en parler à d'autres qui vont, à leur tour, découvrir ces sombres pages et l'histoire d'un couple détruit, brisé par la perte incommensurable de l'enfant.
Bien plus que leur couple, c'est chacun d'eux, elle et lui qui sont ainsi détruits et brisés (le roman est à deux voix).
Tout cela sur un ton très juste, sans mélo ni trémolos (il n'est que très peu question de la fillette perdue) et c'est là toute la force de l'écriture de Laurence Tardieu que de nous faire partager la douleur indicible de ses deux personnages.
Le roman débute lorsque Vincent (lui) apprend la mort imminente de Geneviève (elle), quinze ans après la disparition de leur petite fille et leur séparation qui s'en suivit.
[...] J'essaie de me dire que tu es en train de mourir mais je n'arrive pas à comprendre ce que cela signifie. Je n'y arrive pas. Je prononce la phrase doucement comme un enfant répétant les mots d'un autre : Geneviève est en train de mourir. Mais ça ne veut rien dire. Ça n'a aucun sens. 
[...] Nous allons nous faire du mal Geneviève. Pourquoi nous faire du mal si bientôt tu n'es plus là, pourquoi remuer la souffrance en nous ? Ne vaudrait-il pas mieux laisser tout cela reposer en paix ? Il me semble que lorsqu'on sent la nuit venir, on aspire à l'ordre et non au désordre. Le temps n'est plus à la quête.
Leurs retrouvailles (trop) tardives vont faire ressurgir le terrible passé ...
[...] Certains êtres, à mesure que le temps passe, deviennent de plus en plus libres : ils se redressent au lieu de s'affaisser. Il émane d'eux une énergie étonnante. Ils sont lumière pour qui les rencontre. J'aimerais savoir ce qu'ils ont fait des ombres de leur passé. De leurs regrets, de leurs déchirures. Comment ils s'en sont arrangés.
Geneviève (elle) tient un journal et il y est donc également question de la fonction salutaire de l'écriture :
[...] Je ne savais pas que les mots peuvent sauver. Aujourd'hui je le sais : ils maintiennent le lien à soi. Ils permettent de ne pas s'égarer dans la nuit profonde de la folie. [...] Ecrire ce soir m'a permis de finir la journée dignement : sans tomber, sans céder à la tentation d'en finir. Cete fois encore, l'écriture m'a sauvée. 
[...] Si je m'arrêtais d'écrire je crois que je mourrais. Seuls les mots me maintiennent en vie.
A enchaîner rapidement avec quelque chose comme le lièvre de vatanen pour retrouver goût à la vie !

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Bouquin : Le fusil de chasse

Quand le feu couve sous la glace.

Un petit ouvrage du japonais Yasushi Inoué, Le Fusil de chasse.
En à peine une heure de lecture, trois femmes se racontent à un même homme. Trois très belles lettres.
Triste histoire que celle des amours contrariées de ces quatre personnages (l'une de ces femmes connaîtra d'ailleurs un funeste destin). Amours impossibles, amours étouffées par les secrets non dits.

[...] En plus des trente couleurs au moins que contient une boîte de peinture, il en existe une, qui est propre à la tristesse et que l'oeil humain peut percevoir.
L'écriture glacée de Yasushi Inoué ajoute encore au malaise : ses personnages se racontent de manière étrangement distanciée et l'on sent à chaque page le feu couver sous la glace, la passion sous les mots :
[...] Ma vie demeurera présente dans cette lettre jusqu'à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l'instant que tu l'auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt minutes jusqu'à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier.

Katell en parle comme d'autres blogs ici, et .

Miousik : Sarah MacLachlan

C'est grâce à notre "radio internet personnalisée" Pandora qu'on a découvert la belle voix de Sarah MacLachlan, song-writer canadienne et engagée, avec ses douces balades pour réchauffer les soirées d'hiver au coin du feu ...
On aime
- Building a mystery

- Winter song

- River (reprise de Joni Mitchell).

BD : Le sommet des dieux

Un sommet de la BD.


Décidément Jirô Taniguchi est bien un mangaka japonais à suivre de près : après Quartier lointain, promenade nostalgique au Japon dont nous avons parlé récemment, voici une BD qui nous attire irrésistiblement vers Le sommet des dieux, la cime de l'Everest.
Ce manga a obtenu récemment le prix (mérité) du meilleur dessin à Angoulême.
Mais c'est surtout le scénario qui nous a littéralement "accroché" à la montagne et à cette histoire âpre et forte, d'alpinistes obsédés par le toit du monde.
Qu'on ne s'y méprenne pas cependant, ce presque roman est loin d'être réservé aux mordus de mangas ou d'alpinisme et tout le monde y trouvera son compte : intrigue de détective (l'appareil photo de l'expédition de Mallory attire les convoitises), histoires d'amour et d'amitiés, folie de la (très) haute montagne et quête de l'inaccessible, ...
Les divers récits d'ascension (du Japon à la Suisse en passant bien entendu par l'Himalaya) sont autant d'épisodes à suspense et quand on y a goûté, on n'en démord plus avant la fin du 5° tome !
C'est aussi l'occasion de découvrir plein de détails passionnants sur le monde de l'alpinisme et le Tibet vus du côté japonais.

Voici deux planches de la BD : ici et , pour vous mettre l'eau à la bouche.     

mercredi 21 mars 2007

Bouquin : Les années douces

Quand on picole gentiment au lieu d'avouer qu'on s'aime ...

[...] Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige. S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le négliger en attendant qu'il se dessèche. 
Une douce promenade dans le Japon moderne que ce roman Les Années Douces de Kawakami Hiromi.
Une femme rencontre par hasard l'un de ses anciens professeurs ("le maître") et nous les suivons ainsi, au fil des soirées, des rencontres, de leurs escales dans les petits troquets de Tokyo où ils picolent pas mal :
[...] Kojima boit tout doucement, à petites gorgées, son bourbon coupé de soda. J'ai pris moi aussi une gorgée du liquide qui se trouve devant moi. C'est un martini, irréprochable lui aussi.
Pour accompagner ces libations (saké chaud, bière, ...) il leur faut des amuse-gueule et donc, comme dans tous les romans asiatiques, on parle beaucoup de cuisine :
[...] Concombres fraîchement cueillis, frappés légèrement au couteau, servis avec de la chair de prune confite au sel. Aubergine fraîches émincées et passées à la poêle, nappées de sauce soja parfumée au gingembre. Feuilles de chou macérées dans du miso.
Il ne se passe pas grand chose dans ce petit roman, mais au fil du bercement des pages et des rencontres et des soirées, on devine peu à peu la relation complexe qui unit ces deux-là.
Une sorte d'amour non dit, où la façon de picoler et grignoter ensemble semble avoir plus d'importance que tout le reste.
Et l'on finit même par se laisser prendre à un presque suspense : comment cela va-t-il finir ?
[...] - Tsukiko-san, comprenez-vous la signification de l'expression tashô no en ? 
- C'est-à-dire qu'il y a un lien, enfin, un petit lien, c'est ça ? ai-je répondu après avoir réfléchi un instant. Les sourcils froncés, le maître a secoué la tête. 
- Mais non, il ne s'agit pas de tashô dans le sens de un peu, c'est l'expression qui veut dire plusieurs vies, vivre en se réincarnant, voyons ! 
Le lien que j'évoquais à l'instant, ce tashô no en, c'est celui qui unit des êtres dans une vie antérieure.
Quelquefois on semble près de basculer dans une rêverie typiquement nippone mais non, on reste toujours sur le fil du rasoir (ou plus exactement sur le fil du couteau à sushis).
Et on se laisse bercer, promener dans les rues et les bars de Tokyo, presque surpris et désolé que tout cela ait une fin.
Une fort belle fin, d'ailleurs.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour et le saké chaud. 
D'autres blogs en parlent ici et . 
Voir aussi La brocante Nakano, lecture suivante.

samedi 17 mars 2007

Cinoche : Cité interdite

Le dernier film de Zhang Yimou, La Cité Interdite, c'est un peu Racine (Phèdre) et Shakespeare (Le Roi Lear) au pays du Céleste Empire du Milieu.
La bande-annonce (qui ne met en avant que les scènes de bataille) et le titre français (l'américain évoque les fleurs d'or : les chrysanthèmes dorés) traduisent bien peu du sens de cette tragédie classique : pour qui donc les chrysanthèmes finiront-ils par fleurir ?
Ces destins tragiques et ces "petits meurtres en famille" sont d'ailleurs en grande partie filmés et dialogués comme au théâtre.
Mais si ces histoires de famille sont bien sombres, les décors et les costumes, eux, se parent des couleurs les plus somptueuses : une véritable débauche d'ors et de lumières. C'est absolument grandiose et la vision de la grande cour de la Cité jonchée de chrysanthèmes est magique.
Tout au long de ce film très visuel, très graphique, s'enchaînent les tableaux colorés, tous plus beaux les uns que les autres.
Un proverbe chinois (vrai ou faux, peu importe même s'il est véhiculé avec la promotion du film) traduit bien cette double-face : Or et jade à l'extérieur, pourriture et décadence à l'intérieur.
En l'an 938, il y avait donc bien quelque chose de pourri dans l'Empire du Milieu, pour citer à nouveau Shakespeare ...
La scène finale (l'une des plus belles du film) où l'on remet en place le décor de la fête en est d'ailleurs une belle métaphore : quelque soit l'horreur des crimes commis, le pouvoir impérial ne saurait perdre la face.
Et puis Gong Li, bien sûr ... ah, Gong Li ...
Oui, on a adoré et on y retourne cette semaine ! Histoire de se régaler encore une fois de ces images sur grand écran sans être obligé de garder les yeux rivés aux sous-titres et l'esprit concentré pour suivre l'intrigue !

Clics en plus : 
Une excellente critique, celle du Monde
Et pour ceux qui veulent un aperçu des vrais décors : nos photos de voyage de l'été 2006, où l'on retrouvera le Palais de l'Harmonie Suprême (!) et ses gradins de marbre blanc.

vendredi 16 mars 2007

Bouquin : La voix

L'exploration du grand nord continue , même si Arnaldur Indridason n'est pas un inconnu après la Cité des jarres et surtout l'excellente Femme en vert.
Voici ce très bon auteur islandais de retour avec un troisième polar traduit en français : la Voix.
Arnaldur Indridason et son inspecteur Erlendur déambulent cette fois dans les froids couloirs d'un hôtel à touristes où, comme d'habitude dans ce genre de roman, on vient de découvrir un cadavre, juste avant Noël ...
[...] Le directeur avait précisé qu'il ne fallait sous aucun prétexte éveiller l'inquiétude dans l'esprit des clients de l'hôtel. Il ne fallait pas que l'Islande devienne trop fascinante ni qu'elle offre trop d'aventure.
[...] Ils s'étaient mis d'accord pour faire preuve d'un certain tact.
Erlendur excepté.
On vous laisse le plaisir de découvrir l'intrigue où, comme souvent dans les romans d'Indridason, le présent ne fait que répondre au passé.
Les drames tus et secrets du passé, les drames l'enfance malmenée, ceux que l'on croyait bien enfouis sous la neige, finissent par ressurgir tôt ou tard pour venir bouleverser les vies du présent.
L'inspecteur Erlendur lui-même n'échappe pas à la règle : dans ce troisième ouvrage on en apprendra encore un peu plus sur le drame qui lui arracha son frère il y a longtemps ainsi que sur ses relations conflictuelles mais bien actuelles avec sa fille Eva.
[...] Parfois, ils n'avaient rien à se dire. Parfois, ils se disputaient violemment. Jamais ils ne parlaient de ce qui n'avait pas d'importance pour eux.
[...] Seuls eux deux, leur passé et leur présent, cette famille qui n'avait jamais vu le jour parce qu'Erlendur l'avait abandonnée, la tragédie d'Eva et de son frère Sindri, la haine que leur mère portait à Erlendur; seules ces choses-là avaient de l'importance dans leur esprit et donnaient le diapason à toutes leurs relations.

Tout plein d'autres blogs parlent d'Indridason ici, ici, ou . 
Cottet en parle.  
Le bouquin devrait sortir en poche en juin. 
Début 2008, est sorti le 4ème opus d'Indridason : l'homme du lac (le blog du traducteur d'Indridason).

Bouquin : Amour virtuel et poil de cochon

Amour virtuel et poil de cochon : quelques nouvelles de Chine.
Cinq nouvelles exactement, dans ce premier volume d'une série qui s'annonce intéressante puisqu'il s'agit d'auteurs chinois contemporains et résolument modernes.
Aujourd'hui dans cette Chine-là, les artistes donnent dans la performance et le happening, on prépare les JO de 2008 et on rencontre l'amour en chattant sur le web.
On retiendra surtout la première et la dernière nouvelle de ce recueil.
Une nouvelle de Dai Lai, une auteure de Xinxiang, intitulée "T'es prêt ?".
[...] Le mois précédent, sur la place de la Paix de la même ville, il avait distribué avec le plus grand sérieux deux cents préservatifs de toutes les couleurs aux passants. Cette performance, intitulée "Une vie sûre et colorée", était la plus modérée, la plus sensible et aussi la plus sensuelle qu'il ait réalisée. À chaque fois qu'il donnait un préservatif, il précisait que c'était pour rire, et qu'il ne fallait surtout pas l'utiliser. Ainsi, après sa distribution de deux grosses boîtes de capotes, la place était couverte de petits ballons multicolores.
Et une nouvelle de Yan Lianke, un ancien militaire, intitulée "Poil de cochon", qui décrit de façon savoureuse la vie de la campagne : on se croirait revenu au début du siècle au fin fond de la France profonde ...
[...] Lorsqu'ils avaient fini leur bol, certains se levaient et retournaient chez eux le remplir. D'autres, plutôt que d'y aller eux-mêmes, envoyaient leur gamin. Un de ces gamins, qui venait juste d'arriver avec son bol plein, renâcla un peu devant la demande de ses parents. Ceux-ci l'air furieux, se mirent à l'enguirlander en lui reprochant son insolence. 
"On t'a nourri jusqu'à c't'heure, et toi, t'es trop feignant pour aller chercher un bol de soupe à tes parents ! Si on avait su ça avant, on t'aurait pas fait !" 
Le gamin, lui, trouva un peu raide d'être assommé d'injures comme ça devant tout le monde. Surtout qu'il n'avait même pas refusé d'y aller, il avait juste mis un peu de temps.  
Il se leva d'un bond en demandant : 
"Qui c'est qui t'a forcé de me faire ? Hein, qui c'est ?".
Ces deux auteurs ont également des romans traduits en français (voir plus haut les liens proposés vers Amazon) qu'on s'est bien sûr promis de (vous faire) découvrir prochainement ...
Un autre livre de Yan Lianke : Servir le peuple.

vendredi 9 mars 2007

Bouquin : La vie rêvée des plantes

Où l'on apprend que les arbres incarnent les amours brisées.

Avec Lee Seung-U et la vie rêvée des plantes nous poursuivons notre exploration de l'Asie littéraire.
Et nous voici de nouveau en Corée (du Sud) après le déjà remarquable Vieux Jardin de Hwang Sok-yong.
Le roman de Lee Seung-U débute dans une ambiance plutôt glauque dans une famille étouffée par le silence des secrets non dits.

[...] Bref, chacun de nous avait une chambre, chacun était enfermé dans la sienne. Les quatre portes restaient obstinément closes. Personne ne faisait irruption dans l'une ou l'autre ni n'en avait la moindre envie. Ma mère était la seule qui aurait pu enfreindre cette règle. Nous vivions là comme si nous ne connaissions pas. Nul ne s'en plaignait, nul ne trouvait cela gênant.
Mais bien vite, l'auteur nous entraîne au-delà de ces tristes apparences humaines et nous fait connaitre un peu de la vie rêvée des arbres puisque selon lui,  Les arbres sont l'incarnation d'amours brisées.
[...] Certes, on ne voit pas les arbres se déplacer, mais est-ce une raison pour croire qu'ils ne bougent pas. [...] Je me disais même que la croyance en l'immobilité des arbres n'était qu'un préjugé désobligeant. [...] Il faut conclure, non que les arbres ne bougent pas, mais qu'ils ne se laissent pas voir quand ils bougent.
Et tout cela finira sur une note plus optimiste car derrière ces secrets de famille se cachaient de belles histoires d'amour :
[...] au début l'homme avait deux têtes, quatre mains, quatre pieds, quatre yeux, il avait deux sexes. Mais Zeus agacé de voir l'homme défier continuellement les dieux, a partagé son corps en deux. C'est pourquoi, les êtres s'aiment pour retrouver leur moitié. Ils tentent ainsi de reconstituer leur corps d'origine, leur esprit d'origine, de retrouver leur intégrité.

Nania en parle.

Miousik : Brent Berry

Découverts sur C|Net, le groupe Brent Berry and honest Abe, et sa petite musique cool et sympa, inutile de rajouter quoique ce soit dans le tabac à rouler, ça plane tout seul :
- Call On Me
- Monsoon

Pourquoi s'en priver, les autres morceaux sont sur  :

jeudi 8 mars 2007

Miousik : Flëur

  Avec une petite pensée pour Anastasia, notre guide rencontrée en 2006 en Sibérie à Irkoutsk ... Pour la journée des femmes voici, découvertes sur Last.fm, deux fées blondes venues d'Ukraine : Flëur, Olga et Lena et leur douce mioujik aux délicieux accents de là-bas :
- Everything is out of control
- Silkworm
- Today
- Warm waters
Un site en français qui évoquent ces dames.

vendredi 2 mars 2007

Bouquin : Horreur boréale

Fidèles à notre mission, nous continuons notre exploration nordique des polars polaires .
Même si Horreur boréale n'atteint pas la qualité littéraire des auteurs dont on a déjà parlé à plusieurs reprises : le suédois Henning Mankell, le norvégien Jo Nesbo, l'islandais Arnaldur Indridason ou le finlandais Matti Yrjänä Joensuu,
Asa Larsson est encore une finlandaise et elle signe là un polar très convenable.
L'intérêt de ce bouquin c'est que ça se passe tout là-bas, tout en haut, et que c'est très dépaysant et qu'il y fait très froid.
[...] Persistant, le froid lui mordait furieusement les joues. Respirer par la bouche enflammait sa gorge et ses poumons. Par le nez, le gel colmatait les poils de ses narines. Elle ajusta son écharpe pour protéger ses lèvres et regarda sa montre. Elle pouvait se permettre de rester là une demi-heure au maximum. Après sa voiture refuserait de démarrer. 
[...] Le temps s'était un peu radouci. Le thermomètre indiquait moins quinze, les nuages empêchaient la lumière des corps célestes de parvenir jusqu'au sol.
Autre intérêt, l'auteure est une femme et son roman met en scène deux héroïnes : une avocate fiscaliste qui prend fait et cause pour une amie, et une petite inspectrice de police, enceinte jusqu'aux yeux, qui ne fait pas le bonheur du substitut du procureur, un brin sexiste :
[...] Le substitut serrait les dents à s'en faire péter la mâchoire. Il n'avait jamais supporter cette naine de policière. On aurait dit qu'elle tenait en laisse ses collègues masculins. Vu son apparence, il n'arrivait pas comprendre comment elle faisait. Haute comme trois pommes et un beignet, maximum un mètre cinquante, son long visage chevalin semblait constituer la moitié de sa personne. Avec son gros ventre, elle était maintenant bonne à montrer dans les foires. Un vrai mètre cube, aussi large que haut : résultat de générations d'endogamie dans les villages isolés de Laponie.
Enfin, dernier atout, tout cela se déroule sur un fond étrange d'église tendance Pentecôtiste, ascendant secte. Sans que ce décor soit pesant, voilà un éclairage curieux sur nos nordiques voisins.