dimanche 2 décembre 2007

Cinoche : Lions et agneaux

Bac de philo.

Les films US sur la guerre en Irak/Afghanistan sont à la mode, même s'ils ne semblent pas avoir beaucoup de succès outre Atlantique.
Après l'excellent Dans la vallée d'Elah (ne le manquez pas) et en attendant le Brian de Palma prévu chez nous début 2008, voici Robert Redford avec Lions et Agneaux qui nous explique comment les agneaux de la politique envoient les lions de l'armée au casse-pipe.
Avec trois histoires montées en parallèle, qui se déroulent en quasi temps réel pendant 1h30 (initialement c'était une pièce de théâtre), le professeur de géo-politique Robert Redford nous explique en trois briefings ce qu'est le monde aujourd'hui.
À Washington, une joute oratoire entre Tom Cruise (très à l'aise ! dans le rôle d'un politicien exécrable et ambitieux qui manifestement croit à ce qu'il dit, même s'il est le seul) et Meryl Streep (superbe également, dans le rôle troublé de la journaliste qui hésite à acheter la soupe que veut lui vendre l'homme de pouvoir) : le sénateur essaie d'obtenir des médias, le soutien nécessaire à son ambition personnelle, pardon : le soutien nécessaire à une nouvelle opération militaire en Afghanistan.
Seconde histoire, en Afghanistan justement, l'opération militaire en question qui bien évidemment foire lamentablement, appuyée qu'elle était sur des renseignements approximatifs. Deux soldats, un black et un hispano, s'y retrouveront en difficulté, dans un décor de carton-pâte digne d'un mauvais jeu vidéo.
Troisième histoire enfin, la joute oratoire qui oppose Robert Redford, prof de sciences-po vieillissant, qui explique à un jeune californien qui gâche son intelligence en séchant les cours, que si certains (le black et l'hispano par exemple) sont prêts à s'engager (dans l'armée) et risquer leur peau pour sauver la démocratie, la moindre des choses est que lui aussi (le gosse de riche blanc) s'engage (en politique, c'est moins dangereux).
Robert Redford et Meryl Steep incarnent aussi une génération vieillissante, pleine de remords à l'idée d'avoir gâché le monde ces dernières années, et qui voudrait convaincre une nouvelle jeunesse de prendre le relais.
Ouh la la ! que c'est lourd !
Robert Redford, pédant et pontifiant, nous donne à voir dans ce film le pire du cliché US : des ricains imbus de leurs personnes, le regard rivé sur leur nombril, convaincus d'être le centre démocratique du monde et chargés de faire respecter le bon droit partout ailleurs. De quoi alimenter toute une nouvelle génération d'anti-américains primaires !
Le prof-réalisateur oublie un peu vite que la guerre ne vise pas vraiment à (r)établir la démocratie mais répond plutôt à des objectifs militaro-industriels et pétroliers et que les jeunes blacks-hispanos ne s'engagent pas tous pour sauver le monde en général et les US en particulier mais la plupart pour échapper à la condition qui leur est faite at home.
De tout cette morale à deux dollars on retiendra juste une réplique (de Meryl Streep) : la seconde guerre mondiale aura duré cinq ans ... que fait-on depuis six ans en Afghanistan ?
Bref, évitez ce donneur de leçons et suivez plutôt Tommy Lee Jones dans La Vallée d'Elah, en attendant peut-être le Brian de Palma l'an prochain !

Pour celles et ceux qui aiment les devoirs de philo. 
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