mercredi 21 mars 2007

Bouquin : Les années douces

Quand on picole gentiment au lieu d'avouer qu'on s'aime ...

[...] Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige. S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le négliger en attendant qu'il se dessèche. 
Une douce promenade dans le Japon moderne que ce roman Les Années Douces de Kawakami Hiromi.
Une femme rencontre par hasard l'un de ses anciens professeurs ("le maître") et nous les suivons ainsi, au fil des soirées, des rencontres, de leurs escales dans les petits troquets de Tokyo où ils picolent pas mal :
[...] Kojima boit tout doucement, à petites gorgées, son bourbon coupé de soda. J'ai pris moi aussi une gorgée du liquide qui se trouve devant moi. C'est un martini, irréprochable lui aussi.
Pour accompagner ces libations (saké chaud, bière, ...) il leur faut des amuse-gueule et donc, comme dans tous les romans asiatiques, on parle beaucoup de cuisine :
[...] Concombres fraîchement cueillis, frappés légèrement au couteau, servis avec de la chair de prune confite au sel. Aubergine fraîches émincées et passées à la poêle, nappées de sauce soja parfumée au gingembre. Feuilles de chou macérées dans du miso.
Il ne se passe pas grand chose dans ce petit roman, mais au fil du bercement des pages et des rencontres et des soirées, on devine peu à peu la relation complexe qui unit ces deux-là.
Une sorte d'amour non dit, où la façon de picoler et grignoter ensemble semble avoir plus d'importance que tout le reste.
Et l'on finit même par se laisser prendre à un presque suspense : comment cela va-t-il finir ?
[...] - Tsukiko-san, comprenez-vous la signification de l'expression tashô no en ? 
- C'est-à-dire qu'il y a un lien, enfin, un petit lien, c'est ça ? ai-je répondu après avoir réfléchi un instant. Les sourcils froncés, le maître a secoué la tête. 
- Mais non, il ne s'agit pas de tashô dans le sens de un peu, c'est l'expression qui veut dire plusieurs vies, vivre en se réincarnant, voyons ! 
Le lien que j'évoquais à l'instant, ce tashô no en, c'est celui qui unit des êtres dans une vie antérieure.
Quelquefois on semble près de basculer dans une rêverie typiquement nippone mais non, on reste toujours sur le fil du rasoir (ou plus exactement sur le fil du couteau à sushis).
Et on se laisse bercer, promener dans les rues et les bars de Tokyo, presque surpris et désolé que tout cela ait une fin.
Une fort belle fin, d'ailleurs.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour et le saké chaud. 
D'autres blogs en parlent ici et . 
Voir aussi La brocante Nakano, lecture suivante.

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