jeudi 29 mars 2007

Bouquin : Harjunpää et le prêtre du mal

On avait déjà cité Matti Yrjänä Joensuu dans un billet il y a quelque temps.
Le voici de retour avec un nouveau roman traduit en français : Harjunpää et le prêtre du mal, qui met en piste une nouvelle fois son inspecteur fétiche : Timo Harjunpää (les épisodes précédents sont en poche).
Joensuu (qui est, « pour de vrai » dans la vraie vie, inspecteur à la crim' d'Helsinki) est certainement l'un des auteurs polaires les plus sombres qu'on ait lus.
Il est passé maître dans l'art d'explorer les méandres des esprits torturés de ses personnages et d'alterner les chapitres qui nous font passer de l'un à l'autre, de l'inspecteur à la victime, ou de la victime au serial-killer.
Décryptant peu à peu des traumatismes insurmontables.
[...] Car on ne se rendait pas à l'improviste chez père et mère - on y était convié. Pour être tout à fait sincère on recevait l'ordre de venir : «tu passeras prendre le café demain à quatorze heures.» Et Mikko n'avait jamais été capable de refuser. Tout au plus, lui était-il arrivé de prétexter vaguement une autre obligation, en pure perte. À l'heure dite, il s'était toujours trouvé sur place.
Ça, c'était la partie cool de l'histoire de Mikko et la décence nous empêche de vous raconter le reste.
Pendant une bonne partie du livre l'intrigue importe peu et l'enquête n'avance guère : on va de personnage en personnage, le temps de s'imprégner des odeurs des tunnels du métro d'Helsinki.
Joensuu distille ainsi une ambiance malsaine qui, sournoisement, finit par nous cerner au fil des pages.
Un peu à la manière de certains thrillers américains (et "Le silence des agneaux" est d'ailleurs cité page 288). Cauchemards garantis.
On vous aura prévenus !
[...] À l'issue de la neuvième incantation, il planta l'épingle dans le dos de sa main gauche, puis dans les jointures de ses doigts, sans hâte, prenant tout son temps pour laisser la souffrance s'installer. Il ne recourait pas à ses pouvoirs, il permettait à la douleur de se manifester, au sang de couler. Il ouvrit les yeux. Parsemé de plaies aux bords enflés, saignant en abondance, le dos de sa main ressemblait à de la viande hachée. Il plia ses doigts de façon à former un poing lâche, l'index pointant vers le bas. Le sang suivit ce chemin jusqu'à l'extrémité de la dernière phalange, d'où il se mit à goutter dans les flammes.
Dépressifs : s'abstenir. Usagers du métro : s'abstenir.
Alors, usagers dépressifs du métro, on ne vous dit que ça : changez vite de quai !
Mais le plus troublant dans les bouquins de Joensuu (et le plus fort), c'est assurément sa désagréable habitude de finir ses romans par une pirouette qui vous laisse à chaque fois et pour longtemps un drôle de goût en bouche, un peu amer.
Ce n'est certainement pas avec lui qu'on apprendra comment dire "happy end" en finlandais. Mais on ne peut pas vous en dire plus ...
[...] À part ça, il gardait de cette journée un petit goût de déception et d'échec - un peu comme s'il avait mordu dans un pain de seigle moisi.

Aucun commentaire: