lundi 13 mars 2017

Bouquin : Le bureau des jardins


[...] Ce qu’on apprend compte moins que la personne qui vous l’enseigne.

L'écrivain et scénariste Didier Decoin a eu la main heureuse avec ce titre énigmatique : Le bureau des Jardins et des Étangs. Et nous la main heureuse en piochant cette nouvelle japonaiserie dans une liste.
Quelques pages seulement et nous voici, telles les carpes dont il est question, hameçonnés par cette belle littérature poétique que l'on croirait sortie tout droit d'un conte japonais mais qui est le fruit d'un gros travail de documentation de l'auteur sur le Japon de l'an mil, lorsque Kyoto s'appelait encore Heian-kyo, la capitale tranquille et paisible.
Le fruit également d'un autre travail, celui de la plume de l'auteur : une écriture ronde et belle, à l'image des calligraphies de l'époque, au vocabulaire évocateur et riche, qui réussit même à éviter mes effets trop appuyés.
Une belle histoire nous est contée, celle de Miyuki, la veuve d'un pêcheur chargé(e) d'approvisionner en brillantes et chatoyantes carpes les étangs de la capitale impériale.
[...] Miyuki avait laissé les villageois parler jusqu’au bout, lui conter la mort de son époux, enfin, ce qu’ils en savaient, très peu de chose en vérité, elle s’était contentée d’incliner la tête sur le côté comme si elle avait du mal à croire ce qu’ils lui disaient. Quand ils eurent terminé, elle poussa un cri étranglé et tomba.
[...] Les restes du pêcheur de carpes seraient brûlés sur un bûcher dressé à l’extérieur du village. Les os seraient retirés des braises en commençant par ceux des pieds et en finissant par ceux du crâne, et placés dans l’urne funéraire dans ce même ordre – ainsi épargnait-on au défunt l’inconfort et le ridicule de se retrouver la tête en bas.
Le départ depuis le petit village provincial pour livrer les dernières carpes pêchées, le rude trajet à travers la montagne enneigée, l'arrivée à la capitale au plus fort d'un concours de parfums ...
[...] – Tu sens ? chuchota-t-il à l’intention de son assistant. Kusakabe regarda autour de lui. [...]
– Si je sens quoi, sensei ?
– L’œuf. Enfin, il me semble.
– Le jaune ou le blanc ?
À Heian-kyo, Miyuki fera la rencontre du vieux Nagusa, noble intendant de la cour impériale, directeur du Bureau des Jardins et des Étangs.
[...] Nagusa, n’allait pas tarder à disparaître, il sentait que sa vie serait bientôt soufflée comme une chandelle qui papillote et s’éteint parce que, dans les profondeurs du Palais, un serviteur désireux de contempler la pleine lune a relevé un store et fait naître un filet d’air glacé et coupant qui ondule de couloir en couloir jusqu’à venir escamoter la petite flamme.
Une histoire et une écriture pleines de poésie, celle du monde flottant. Et le portrait d'une charmante dame de l'époque.
On regrette juste que tout cela soit un tout petit peu trop long, le temps sans doute de s'immerger dans les brumes de la culture nippone que Didier Decoin nous rend particulièrement accessible.

Pour celles et ceux qui aiment l'empire du soleil levant.
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lundi 9 janvier 2017

Bouquin : Le village


[...] L'arrivée de l'étranger allait semer le trouble.

Difficile de cartographier Le Village du britannique Dan Smith.
On a bien envie de parler de polar historique puisqu'il nous plonge dans les années 20, dans un empire soviétique déjà dévasté par une première guerre, par les erreurs de Lénine et maintenant celles de Staline.
Il s'agit tout aussi certainement d'un excellent nature-writing au cœur d'un hiver continental particulièrement bien rendu.
On pourrait même évoquer un polar ethnique tant la survie de ces hommes et femmes d'Ukraine dans ce froid inhumain relève de l'étrange.
Alors on se contentera de suivre bêtement l'éditeur qui a inscrit thriller sur la couverture de cette histoire de serial-killer qui commence un peu comme le Rapport de Brodeck : lorsque le Village découvre un homme à demi-mourant tirant un traîneau avec les corps de deux enfants à demi-dévorés.
[...] L'arrivée de l'étranger dans notre village allait semer le trouble. [...] Surtout s'ils voyaient ce que cet homme avait transporté sur son traîneau.
[...] Il y a des gens ... des gens tellement désespérés qu'ils feraient n'importe quoi pour survivre. Des gens affamés. Ce pays est passé par des moments - pendant les guerres, la famine - où les gens mangeaient tout ce qu'ils pouvaient. Et il y a aussi des gens méchants.
La cruauté, la peur et la bêtise humaines feront le reste et la chasse à l'homme commence. Ou plutôt, les chasses à l'homme puisque chacun semble poursuivi à son tour, qui par les villageois, qui par ses démons, qui par le tueur, qui par les brigades communistes, ...
Une histoire éprouvante et glaçante où l'on patauge dans la neige épaisse, les peurs les plus profondes et les instincts les plus bas, dans une ambiance proche du roman d'Ignacio Del Valle.
Blanche est la neige, noire est l'histoire.
On regrette cependant un style un peu ampoulé et formel où l'auteur nous détaille les affres et les dilemmes de son héros de manière beaucoup trop explicative : une écriture plus épurée et plus elliptique aurait été tout aussi efficace.


Pour celles et ceux qui aiment les hivers rigoureux.
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dimanche 1 janvier 2017

Cinoche : Vaiana


La fille de Pocahontas et de la Petite Sirène.

Le dernier Disney, Vaiana (ou Moana en VO) est tout simplement très réussi. Depuis Blanche-Neige, les héroïnes des studios Disney ont bien changé : si elles ont toujours de beaux et longs cheveux, elles ont désormais le sang chaud et le caractère bien trempé. Vaiana est la digne héritière de cette destinée à succès.
La jeune princesse polynésienne est attirée par le grand large et ne rêve que de franchir la barrière ... de corail.
Au cours de ses aventures maritimes, elle va s'allier avec Maui un demi-dieu tatoué pour sauver le monde à la façon Myazaki.
L'histoire n'est peut-être pas aussi riche ni complexe que celle de la Princesse Mononoké mais réussira tout de même à captiver les adultes en leur faisant partager quelques mythes très très librement inspirés des légendes polynésiennes et des grandes expéditions de colonisation du Pacifique [clic] (Vaiana serait originaire des Samoa ou des Tonga ...).
L'humour est au rendez-vous (vous ne ferez plus jamais pipi dans l'eau sans rigoler) et pas mal de choses passent au-dessus de la tête des bambins qui mâchouillent leur pop corn.
Mais ce qui fait le charme indiscutable de ce dessin animé c'est l'équilibre très réussi et soigneusement entretenu tout du long (pas un temps mort) entre des personnages très attachants, une histoire qui ne nous prend pas pour des demeurés, de bonnes chansons (façon comédie musicale, même si ce n'est pas le point fort du film), et bien entendu les superbes images des océans et des paysages de rêve du Pacifique.
On a presque envie d'une seconde séance pour profiter du spectacle et grappiller quelques effets qu'on a certainement manqués.
Oui, certains clichés sont certainement critiquables (comme l'obésité du polynésien Maui), mais il n'en reste pas moins que le film colle plutôt bien aux cultures du Pacifique (un peu oubliées depuis quelques années) comme en témoigne (par exemple) le soin apporté aux dessins des visages ou la grand-mère en raie manta.
Ou même le poulet Hei-Hei en passe de devenir aussi célèbre (et déjà bien plus stupide) que l'écureuil Scrat.
Bon, il est vrai que vu d'ici, notre avis peut passer pour du parti pris ... mais c'est bien le film de début d'année pour réchauffer l'hiver de ceux qui n'ont pas la chance de vivre la tête en bas au milieu du Pacifique.

Pour celles et ceux qui aiment prendre la mer.
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samedi 24 décembre 2016

Bouquin : Code 93


[...] Ce soir-là, savais-tu qui était derrière le masque ?

Submergé par les hordes vikings venus du nord, délaissé au profit de rivages plus exotiques, le polar français a bien du mal à sortir la tête du lot.
Alors saluons bien bas le toulousain Olivier Norek qui a su nous accrocher dès les premières pages de son Code 93.
Ancien flic du 9-3, ancien de l'ONG Pharmaciens sans frontières, le camarade Norek a dans ses valises de quoi donner corps à de beaux polars.
Avec un personnage bien dessiné, un flic solitaire comme on les aime, l'âme blessée mais le flair affuté : voici le capitaine Victor Coste.
[...] Il but un café amer en grimaçant, adossé à son frigo sur lequel un Post-it « acheter du sucre » menaçait de se décoller. Dans le silence de sa cuisine, il scruta par la fenêtre les immeubles endormis.
[...] En temps normal, l’accoutrement dans son ensemble, mais surtout le pull nordique à motifs flocons de neige, version Sarah Lund dans The Killing, auraient pu offrir à Ronan un crédit illimité de vannes lourdes.
[...] Il commençait à se sentir comme une caricature de flic télé et, il le savait, ce n’était pas une bonne chose.
Ce Code 93 démarre fort avec des cadavres un peu étranges qui vont même se réveiller pendant l'autopsie sur la table en inox de la morgue.
[...] Dans la même semaine Coste se tapait deux meurtres inhabituels, mis en scène, visibles et médiatisés. Un émasculé et un brûlé vif, ou, au choix, un zombie et une autocombustion.
[...] Tu vois quand même que se profile une des affaires les plus merdiques de ma carrière.
Ce Code 93 est aussi une intrigue à tiroirs (et pas que ceux de la morgue) qui va nous faire découvrir de sombres pratiques statistiques policières et de plus sombres pratiques encore chez quelques nantis.
[...] Planquer des vols à l’étalage ou des petits consommateurs de shit, c’est pas vraiment compliqué, tout le monde s’en moque, mais pour planquer des cadavres, c’est une autre organisation. Il a donc fallu trouver une nouvelle appellation. Le Code 93.
[...] Vous jugez, ou vous écoutez ?
– Les deux sont indissociables.
Une écriture soignée et bien tournée, sèche et nerveuse, de courts chapitres bien rythmés comme il convient à l'ambiance.
On regrette juste de temps à autre quelques 'bonnes formules' un peu trop voyantes.
[...] L’amour ça déborde comme un coloriage d’enfant.
[...] La soirée s’éternisa et les consonnes disparurent au fur et à mesure des discussions.
Même si l'intrigue n'hésite pas à ratisser un peu large et si aucun cliché ne nous est évité, ce Code 93 est de la belle ouvrage où Norek tisse sa trame en utilisant plutôt habilement toutes les ficelles du genre. Un auteur certainement plus toulousain que banlieusard mais qui nous épargne l'inévitable couplet rap sur le 9-3.
Promesse honnêtement tenue : on tient là un bon filon, franco-français, bien de chez nous, et c'est assez rare pour ne pas passer à côté.
Fort heureusement, on avait cette fois pris soin de commencer par le premier épisode : la suite est donc à venir !



Pour celles et ceux qui aiment les flics de banlieue.
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lundi 14 novembre 2016

Bouquin : L'archipel d'une autre vie


[...] Que faisions-nous là-bas ? Nous y vivions.

Voilà bien longtemps que l'on n'avait pas décerné un coup de cœur pour l'une de nos lectures.
Plusieurs très bons bouquins en 2016 mais finalement peu de grands coups de cœur. Il faut donc prendre ce roman d'Andreï Makine (un russe qui vit en France et écrit en français) comme d'autant plus remarquable.
Avec cet Archipel d'une autre vie, Makine nous emmène loin vers l'est, au-delà même de la lointaine Sibérie, aux confins de l'orient, sur les rives de la mer froide d'Okhotsk, là où l'on peut apercevoir les îles Kouriles, Sakhalin ou le Kamtchaka. Jusqu'aux îles Chantar, là où le fleuve Amour (grossi par le fleuve Amgoun) se jette dans le Pacifique et où il faut affronter le terrible souloï. Une géographie exotique au froid revigorant !
Pour Makine, ces rives tourmentées d'un Pacifique au nom trompeur, évoquent même le mythique océan Mirovia qui entourait l'ancien continent de la Rodinia.
[...] Le nom de Mirovia s’imposa à ma pensée, oui, cet océan préhistorique entourant le seul continent existant, le fameux Rodinia dont parlaient nos livres de géographie…
Non content de titiller nos neurones géographiques, Makine va nous emmener dans une course folle au cœur de la taïga.
[...] Les poursuites à travers la taïga, les coups de fusil, la maison du chercheur d’or où veillait un mort… Oui, un livre d’aventures, un western. Plus tard, j’ai cru y discerner une vérité bien plus vaste et plus secrète, celle qui me laissa deviner le sens caché de ces mots si simples : « Nous y vivions… »
Une aventure, un 'eastern', une chasse à l'homme ... oui, peut-être, mais ce n'est pas tout.
Nous voici au tout début des années 50 : les russes se remettent à peine de la terrible guerre dont les fantômes viennent toujours les hanter. La terreur stalinienne a rempli les camps et a fait ou fera de chacun un ennemi du peuple, à un moment ou à un autre, forcément.
[...] Il faut toucher le fond, Pavel, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à un homme. Après ma première année de prison, j’ai commencé à éprouver cette liberté-là. Oui, la liberté ! Ils pouvaient m’envoyer dans un camp au régime plus sévère, me torturer, me tuer. Cela ne me concernait pas. Leur monde ne me concernait pas, car ce n’était qu’un jeu et je n’étais plus un joueur. Pour jouer, il fallait désirer, haïr, avoir peur. Moi, je n’avais plus ces cartes en main. J’étais libre…
[...] La prison ? C’est pour ne pas y retourner que je suis là… Difficile de survivre dans la taïga ? Moins que dans un camp… »
Un évadé s'échappe de l'un des camps. À ses trousses, on lance un équipage de quelques 'volontaires' ou presque, hantés par les fantômes de la guerre, effrayés par la menace des camps et des commissaires politiques. La course poursuite s'engage avant que l'hiver n'arrive.
[...] La forêt s’effeuillait, protégeant mal ma fuite. Ce qui me sauvait, c’était la vitesse de mon déplacement et ma connaissance, presque tactile, des endroits que je traversais. Et, les premiers jours, l’oubli de la faim.
Mais au fil du temps, la poursuite s'éternise.
[...] Je commençai à tousser, frissonnant sous mes vêtements qui résistaient mal à la morsure du vent. Nous étions partis au début du mois d’août et, à présent, trois semaines plus tard, le froid balayait les petits paradis de tiédeur encore préservés dans les vallons ensoleillés…
Comme si les chats n'étaient finalement pas si pressés d'attraper leur souris (et de rentrer), et comme si la souris attendait ces poursuivants-là, les préférant finalement à une autre troupe plus nombreuse et plus efficace.
La chasse à l'homme dans la taïga prend alors un tour étrange.
[...] L'évadé s’était évertué à escalader la barrière de roche et à reprendre sa route. Nous en étions secrètement soulagés : pas d’affrontement final, encore quelques jours de « congé », comme disait Boutov.
[...] Ne vivre que pour cette marche infinie, ne rien demander d’autre.
[...] J’aurais pu facilement m’enfuir, oui. Pourtant, rester avec lui changeait le sens de ce que je savais de la vie.
Mais le roman de Makine réserve encore bien d'autres surprises que l'on ne peut vous dévoiler.
Nous avions embarqué pour un étrange western à la russe, nous avons tâté du roman initiatique et nous voici bientôt obsédés par une très très belle histoire d'amour (était-ce la proximité du fleuve qui voulait cela ?).
[...] Elkan se mit à décharger sur la rive ses bagages : fusil, outils, toile des tentes… Perplexe devant le peu de biens que nous possédions, je demandai, sans pouvoir cacher mon désarroi : « Et que… qu’est-ce qu’on va faire ici ? » La réponse vint, rendant insignifiante toute autre interrogation : « Nous allons y vivre. »
[...] – Que faisions-nous là-bas ? Nous y vivions… Il dut se rendre compte que ce mot usé était privé de toute sa valeur.
[...] À travers la brume qui enveloppait l’archipel, il distingua les trois points lumineux. Un triangle de feux. « La constellation de notre ciel à nous », pensa-t-il avec une tendresse qui n’avait pas de nom dans le monde qu’il venait de quitter.
[...] Cette nuit-là – je le comprendrais plus tard – nous étions au plus près de ce qu’il y avait en nous de meilleur.
Au bout du bout du monde, les personnages vont découvrir le charme des îles Chantar.
Au fil du voyage initiatique, le lecteur sera lui, tombé sous le charme de la prose d'Andreï Makine : l'âme russe possède décidément un rapport à la nature, un rapport à l'histoire, qui n'appartiennent qu'à elle. Makine est à moitié français et son travail de passeur nous donne ici l'occasion d'être touché par cette grâce.


Pour celles et ceux qui aiment les très belles histoires.
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vendredi 11 novembre 2016

Bouquin : Les anges sans visage


[...] Les Wood ont été assassinés parce qu’ils étaient heureux.

On a eu un petit peu de mal à entrer dans le bouquin de Tony Parsons : Les anges sans visage (ce sont les statues de pierre d'un cimetière londonien).
Son style n'est pas des plus fluides et sa prose est truffée de sigles qui décrivent l'organigramme des polices britanniques sans rien apporter de vraiment instructif.
[...] Les polices du monde entier sont accros aux sigles.
Reste que son polar démarre très fort avec le massacre d'une riche et belle famille, massacre non pas à la tronçonneuse mais au pistolet d'abattage, version moderne du merlin.
[...] Quel meurtrier se sert d’un pistolet d’abattage ?
Pour faire bonne mesure Parsons y ajoute un enlèvement : le petit dernier de la famille ne fait pas partie des cadavres.
[...] Les tueurs à gages ne kidnappent pas les enfants. Elle marqua une pause, releva ses lunettes sur son nez, plongée dans ses réflexions. – Qui peut tuer quatre personnes et kidnapper un enfant ? Pourquoi on décide de kidnapper un enfant ?
[...] Quelle espèce particulière de psychopathe était l’auteur du carnage dont nous avions été témoins ?
Vengeance, serial-killer, règlement de comptes, sombre histoire de famille, ...
Qui donc en voulait à la famille Wood ?
[...] Vous ne comprenez pas ? Les Wood ont été assassinés parce qu’ils étaient heureux.
Le reste du bouquin se maintiendra à la hauteur et Parsons ratisse large en agençant plutôt habilement plusieurs thèmes souvent violents, parfois un peu racoleurs : immigrés roms, drogue du viol, prostitution, trafic d'enfants, ...
On sent la patte du journaliste enclin à la controverse qu'est Tony Parsons.
Mais finalement, les Wood étaient-ils donc si heureux que ce que les apparences laissaient croire ?
Qu'est-il advenu du petit disparu ?
[...] Les familles désespérées veulent croire au miracle – et je comprenais pourquoi.
Moi aussi, j’aurais voulu y croire.
La campagne de promotion nous vantait le renouveau du polar britannique : il nous faut reconnaître qu'il y a bien là un ton pas ordinaire, mais l'ensemble ne nous a guère convaincu et l'on a du mal à s'accrocher aux personnages et au flic Max Wolfe, divorcé et père d'une fillette, en dépit des efforts louables de l'auteur.
[...] J’observai le visage ensommeillé de Scout et m’émerveillai d’avoir en partie contribué à créer le plus bel enfant du monde. Je sais que tous les parents éprouvent la même sensation. La différence, c’est que ma fille est vraiment le plus bel enfant du monde.
On pourra lire également une autre enquête celle menée par Velda sur l'auteur et journaliste Tony Parsons.

Pour celles et ceux qui aiment les flics célibataires.
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lundi 7 novembre 2016

BD : Un printemps à Tchernobyl


L'étrangeté de vivre là-bas.

Et voici le dernier volet de notre série atomique en cette année 2016, anniversaire de Tchernobyl et de Fukushima.
Après le bouquin de Lucile Bordes et après la terrible Supplication de la biélorusse Svetlana Alexievitch, voici en images cette fois, la BD du breton Emmanuel Lepage, dessinateur engagé : dessin'acteur.
L'idée de cet album est en apparence toute simple puisqu'il s'agit de mettre en images le voyage même de Lepage qui s'est rendu sur place (avec un groupe d'amis artistes) pour témoigner à sa façon.
On n'est pas très loin de l'approche 'factuelle' du manga de Kazuto Tatsuta mais dans un style plus intellectuel, plus militant, plus engagé ici.
Ce reportage s'ouvre sur les images de l'auteur en train de lire La supplication, avant l'arrivée du groupe à Pripiat, la ville de la centrale, une ville qui nous est devenue presque familière après toutes ces lectures.
[...] Pripiat accueillait ingénieurs et ouvriers qui travaillaient à la centrale, ainsi que leur famille. La moyenne d'âge n'excédait pas trente ans. De nombreuses femmes attendaient un enfant. Ils étaient l'élite.
[...] La table se garnit de toutes sortes de mets. Comme si nos hôtes, malgré le fossé de la langue, savaient qu'après l'expérience que nous venons de vivre, il fallait convoquer la vie ... comme les repas qui suivent les enterrements.
Les textes de Lepage sont très réfléchis, très mesurés et réussissent, en se contentant de questionner les faits, réussissent à éviter de verser dans le scoop sensationnel, l'écologie pontifiante ou la vindicte militante.
Mais à l'opposé de La Supplication russe qui s'effaçait entièrement derrière les paroles transmises, ici le 'je' prend beaucoup de place (trop ?) : Lepage nous raconte sa démarche, ses peurs, ses motivations, ses doutes, ...
[...] En Ukraine, comme en France, comme partout, on choisit de rassurer. Par peur de regarder la réalité en face ? Penser autrement serait comme se pencher au-dessus d'un puits sans fond. On risquerait d'être saisi de vertige.
Les dessins sont superbes, crayons et pastels : Lepage manie son crayon comme d'autres un appareil photo et il fallait bien un maître dans l'art du portrait comme lui pour nous faire approcher ceux qui vivent là-bas, dans 'la zone'.

Pour celles et ceux qui aiment se rendre compte.
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mardi 1 novembre 2016

Cinoche : Moi, Daniel Blake


La loi du marché (bis).

Du haut de ses 80 ans, Grand Indigné devant l'éternelle crise sociale, Ken Loach n'arrive pas à raccrocher sa caméra et nous invite à partager quelques moments de la vie de Daniel Blake.
Un menuisier victime d'une crise cardiaque : plus question de bosser pendant quelques mois. Comment alors toucher les allocations chômage quand on ne peut pas chercher un nouveau job (s'il cherche, il trouve mais ne peut pas bosser, alors ...). Mais ce n'est pas non plus suffisamment handicapant pour justifier les allocations invalidité, alors ... Le voici donc ballotté de guichet en guichet de pôle emploi : un purgatoire administratif soigneusement organisé (privatisé et sous-traité à une boîte US) pour décourager les plus tenaces de rester inscrits sur les listes ... et à coups de sanctions, les pousser lentement mais sûrement vers l'enfer de la précarité.
On connait bien l'engagement de Ken Loach pour défendre la cause des petites gens.
Ici, sa nouvelle démonstration atteint un sommet : voici de braves gens très ordinaires, qui avaient un job, qui n'étaient ni des losers ni des profiteurs. Le film n'est pas un pamphlet revendicateur, il montre tout simplement. Un quasi documentaire qui nous ouvre les yeux pendant 1h30 et c'est en se sens peut-être que ce film 'ordinaire' est encore meilleur et plus convainquant que Free world.
C'est en quelque sorte, la version british de La loi du marché.
Certaines scènes sont insoutenables (la banque alimentaire ...) habilement préparées.
D'autres sont plus attendues (l'atelier cv ...), d'autres un peu larmoyantes, mais Ken Loach s'en fout : il persiste et signe.
Tous les acteurs (dont un remarquable Dave Johns) sont, as usual avec ce cinéaste, excellents et particulièrement crédibles.
C'est un véritable coup de poing dans l'estomac que nous envoie le vieux cinéaste.
Au spectateur sonné, il ne reste plus qu'à sortir du ring et refermer au plus vite les yeux sur notre épouvantable réalité sociale : la machine à broyer n'a jamais aussi bien porté son nom, qui nous guette au moindre faux pas.
Merci, Monsieur Ken Loach, pour votre film (et pour vos précédents).

Pour celles et ceux qui aiment la météo marine.
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samedi 29 octobre 2016

Cinoche : La fille du train


TER poussif.

Je ne sais pas si le best-seller a fasciné le monde entier comme le vante l'affiche du film, mais MAM avait bien aimé le thriller de Paula Hawkins et cela a suffit pour nous entraîner aux côtés d'Emily Blunt pour cette adaptation de La fille du train.
Malheureusement, le réalisateur Tate Taylor (qui gagne à rester inconnu, n'en parlons plus) a manqué son train et son rendez-vous avec ce qui aurait pu ou voulu être une nouvelle Gone girl.
On s'ennuie ferme à suivre la larmoyante Emily, alcoolique notoire (dans le film !), qui peine à se remettre de son divorce dans une banlieue bcbg de Manhattan. Tous les jours elle prend le train pour 'commuter' avec la city. Tous les jours elle passe devant son ancienne et belle maison, celle de son ex. Le train ralentit toujours là, aiguisant le couteau dans la plaie.
Et un beau jour elle surprend ...
L'ex, le psy, la nounou, la nouvelle femme de l'ex, ... chacun n'est pas celui que l'on croit qu'il est ... thriller classique.
Bon voilà. Selon MAM, le film s'en tient rigoureusement au bouquin et selon BMR on 'voit' bien image par image, comment cela a  certainement été écrit : c'est dire si le film est plat, sans point de vue ni relief. Une pièce de théâtre bâclée.
À lire peut-être, mais certainement pas à voir.
L'ennui devait être assez partagé dans la salle car à la séance maudite de 19h30, les bouffeurs de pop corn étaient déchaînés. Cela tenait plus du coin picnic que de la salle de ciné.
Seul vrai personnage du film, la flic jouée par Allison Janney : une actrice à surveiller, si jamais elle vient à rencontrer un jour un vrai réalisateur ...

Pour celles et ceux qui aiment les TER.
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jeudi 27 octobre 2016

Cinoche : Mal de pierres


Rendez-vous manqué.


Le livre de la sarde Milena Agus, nous avait fait forte impression (c'était il y a presque dix ans clic).
Alors avec Nicole Garcia derrière la caméra et Marion Cotillard devant, on se faisait une joie de retrouver cette belle histoire de femme.
Malheureusement Nicole Garcia manque complètement le rendez-vous.
La faute à une musique envahissante et hors de propos.
La faute à notre Marion Cotillard nationale qui devrait se contenter de jouer la petite frenchy dans les productions hollywoodiennes : elle est parfaite pour cela mais pas pour endosser des rôles aussi difficiles qu'un personnage de Milena Agus.
La faute surtout à une mise en scène lente et explicative, académique et pesante, confite dans la reconstitution rétro, qui étouffe littéralement cette histoire de femme faite pour une autre vie que celle que lui assigne le destin (et sa mère).
Seul l'espagnol Alex Brendemühl (le mari taiseux) tire son épingle du jeu : on l'avait déjà apprécié dans le rôle moins sympa du bon docteur Mengele dans Le médecin de famille.

Pour celles et ceux qui aiment tout de même les portraits de femmes.
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lundi 24 octobre 2016

Cinoche : La fille inconnue


La fausse commune.


Adèle Haenel ne nous est pas inconnue puisqu'elle nous avait déjà bluffés dans Les combattants (un rôle difficile et étonnant) et qu'elle avait déjà auparavant  contribué à sortir un Téchiné de l'oubli.
Deux ans plus tard elle est toujours aussi jeune (27 ans) mais la voici de nouveau en tête d'affiche avec les frères Dardenne pour La fille inconnue.
L'inconnue, c'est plutôt celle qui un jour frappe à sa porte et qu'elle refuse de prendre en charge, il est tard, on ferme.
Le lendemain, on découvrira le cadavre de l'inconnue ...
On peut voir plusieurs films dans celui des frères Dardenne.
Un film sur ces inconnus dont personne ne se préoccupe : personne ne sait qui était la jeune femme venue chercher de l'aide après l'heure. Une inconnue sans nom qui sera enterrée dans la fosse commune (on appelle cela le carré des indigents).
En contre-point, un film sur le sentiment de culpabilité qui s'empare d'Adèle Haenel qui n'a pas voulu ouvrir sa porte après l'heure et qui veut endosser notre faute sociale commune pour mener sa propre enquête : qui était donc cette jeune femme dont tout le monde se fout ?
Étonnamment, c'est aussi un film capable de susciter des vocations de médecin généraliste (il en sera d'ailleurs explicitement question dans le scénario), ces médecins de banlieue (maintenant qu'il n'y a plus de campagnes) qui soignent les corps et les âmes. Adèle Haenel réussit à nous faire toucher l'empathie et la compassion dont font preuve ces toubibs.
Enfin, et peut-être surtout, c'est un film sur la solitude qui semble de règle dans cette banlieue de Liège : une désespérante solitude où chacun erre comme une âme en peine. Pas de famille (sinon éclatée), pas d'amis, même pas de parents. Chaque personnage est désespérément seul au monde.
Ce film sombre et gris comme une journée de pluie en Belgique est agrémenté d'une bande son peuplée de voitures qui passent sans discontinuer, jusqu'au générique de fin : de deux choses l'une, ou bien les belges n'ont pas encore découvert le double-vitrage, ou bien il y a là une métaphore symbolique au sens profondément caché.
Un film à voir pour Adèle.

Pour celles et ceux qui aiment les généralistes.
D’autres avis sur Sens critique.

vendredi 21 octobre 2016

Miousik : Anwar

https://c2.staticflickr.com/6/5578/30351382092_5f32841929_n.jpgLet's get along with Anwar


Cela faisait déjà quelques temps déjà que l'on roulait sur la Highway avec le lumineux Anwar.
Voilà qu'après son single, Anouar Taoutaou, le belge d'origine marocaine nous sort un album où il n'y a presque rien à jeter, tout simplement.
[...] Baby, You know that I love you
I know that you love me too
And I know you do
Darling
You know that I love you
I know that you love me too
So let's get along together.
[...] Look all around you and you will see life is beautiful 
Petit coup de cœur pour cette world musique sympathique et de qualité, mâtinée d'un reggae aux accents funky. À la fois douce et entraînante.
Yakakaliker pour écouter notre playliste.

Pour celles et ceux qui aiment prendre la vie du bon côté.

mardi 18 octobre 2016

Bouquin : Nos âmes la nuit


[...] Et puis il y eut le jour où Addie Moore rendit visite à Louis Waters.

[...] Bon, je me lance.
J’écoute, dit Louis.
Je me demandais si vous accepteriez de venir chez moi de temps en temps pour dormir avec moi. 
Avec Nos âmes la nuit, Kent Haruf vise la Une de la blogoboule avec une jolie histoire consensuelle aux saveurs douces amères, façon feel good story.
Ça commence plutôt bien et l'on s'apprêtait même à décerner un coup de cœur à cette surprenante vieille dame qui demande à son tout aussi vieux voisin de venir partager son lit le soir pour discuter ensemble. À soixante-dix ans, nos deux veufs tentent de combler leur solitude, et plus si affinités.
[...] C’est une sorte de mystère. J’aime l’amitié que ça implique. J’aime ces moments ensemble. Être ici au cœur de la nuit. Discuter. T’entendre respirer à côté de moi si je me réveille.
[...] Dans la chambre d’Addie, Louis tendit la main par la fenêtre entrouverte pour recueillir la pluie qui gouttait de l’avant-toit puis, regagnant le lit, il passa sa main mouillée sur la joue veloutée d’Addie.
[...] Et on ne fait même pas ce que les gens s’imaginent qu’on fait. Tu voudrais ? demanda Addie.
Ces échanges nocturnes nous valent quelques beaux dialogues lorsque nos deux veufs racontent chacun leurs souvenirs, les hauts et les bas de leurs vies, leurs regrets et leurs envies, leur simple bonheur de partager tout cela.
[...] Elle l’attendait assise sur la véranda. Elle se leva et, debout sur le perron, elle l’embrassa pour la première fois devant tout le monde. Tu te trompes tellement parfois, dit-elle. Je me demande si tu comprendras un jour. Je ne me croyais pas si lent à la comprenette. Mais je dois l’être. Tu l’es quand il s’agit de moi.
Mais il semble que finalement Kent Haruf n'avait peut-être pas de quoi faire plus qu'une jolie nouvelle et le voici à délayer les épices de sa bonne idée dans une sauce allongée : les déboires de la vive grand-mère avec son petit-fils (et son fils) nous font perdre le fil, même s'ils préparent le dénouement désabusé de cette histoire qui aurait pu se passer de conclusion et aurait gagné à rester concentrée sur le fil ténu qui relie les deux personnages.
On avait déjà un mot-clé 1er roman mais il faudrait peut-être un équivalent pour les dernières livraisons de nos chers disparus : tout comme Henning Mankell avec ses Bottes suédoises, Kent Haruf est décédé juste après avoir écrit ce bouquin.
[...] Seulement deux vieillards qui discutent dans le noir, dit Addie.


Pour celles et ceux qui aiment les jolies histoires.
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